L’immense défi auquel est confronté Emmanuel Macron : il cherche plus que jamais à restaurer la confiance dans la parole publique. Les très mauvaises séquences s’enchaînent pour l’exécutif. L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, cet attentat terroriste qui ébranle la préfecture de police en son cœur.

Emmanuel Macron le 24 septembre 2019 à l'ONU à New York
Emmanuel Macron le 24 septembre 2019 à l'ONU à New York © Getty / Stephanie Keith

Et à chaque fois, dans ces événements très différents, une constante, le gouvernement ne parvient pas à répondre clairement à une opinion publique qui s’affole. 

Selon un  sondage Ifop, 73% des personnes interrogées estiment que le gouvernement a caché certaines informations sur l’incendie de Rouen. 

Et pourquoi cette impossibilité à dialoguer ? 

On le sait, la confiance dans la parole publique faiblit terriblement. 

Certains datent la grande déchirure à l’ère Chirac-Sarkozy, quand la volonté du peuple n’a pas été respectée après le non au référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005. 

Emmanuel Macron cite d’ailleurs souvent cet exemple. Et ce n’est pas un hasard si la première loi votée sous son quinquennat s’intitulait loi pour la confiance dans la vie politique. 

Mais il a lui-même failli à restaurer cette confiance, en maintenant par exemple place Beauvau un homme, Christophe Castaner, dont la parole est aujourd’hui dévaluée. 

Mercredi dernier, Emmanuel Macron évoquait lors du conseil des ministres la difficulté à exercer le pouvoir dans une période qu’il juge irrationnelle. 

Il entrevoit une solution simple, retrouver « des relais », des personnes qui pourraient redonner du poids à la parole publique. 

Mais n’est-ce pas le rôle des corps intermédiaires ?  

Si, justement, et c’est bien là que repose toute l’ambiguïté d’Emmanuel Macron. 

Car il a bâti sa réflexion politique sur le renouvellement des corps intermédiaires historiques qui selon lui embolisent le débat, et qu’il a contribué à affaiblir, je pense aux syndicats, et même aux élus locaux. 

Il aurait voulu les remplacer par d’autres. Par ces 150 citoyens par exemple qui ont été tirés au sort pour la convention pour le climat. Le président espère qu’ils vont devenir des leaders d’opinion, en lieu et place des associations. Sauf que la confiance cela ne se décrète pas.  

Signe que l’heure est grave, Emmanuel Macron vient tout de même de se résoudre à réactiver des tuyaux traditionnels, en choyant la presse quotidienne régionale qu’il a intronisé « relais de confiance », vendredi lors d’un discours pour les cent ans du journal La Montagne

Dans une interview à La Croix, Alain Juppé joue les Cassandre. Il craint « l’essor du populisme » si l’on ne parvient pas à régénérer la démocratie. 

Sauf qu’aucun des moyens utilisés jusqu’ici par Emmanuel Macron n’est en mesure de garantir une quelconque « régénération ».

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