C’est un couple bien improbable que forment, depuis le début de la crise, Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale et Gérard Larcher, le président du Sénat. Pour quelles raisons ?

Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale et Gérard Larcher, président du Sénat
Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale et Gérard Larcher, président du Sénat © AFP / LUDOVIC MARIN

Quoi effectivement de plus improbable que ces deux personnalités politiquement opposées ? Richard Ferrand est élu local socialiste de Bretagne, devenu député en 2012 puis converti peu à peu au macronisme sous les couleurs duquel il est réélu en 2017 avant d’être propulsé au Perchoir en septembre 2018, après l’affaire de Rugy. 

Gérard Larcher, lui, est un des piliers de la droite, plusieurs fois ministre sous Jacques Chirac et président du Sénat à deux reprises. Gérard Larcher entretenait, avant la crise, des relations quasi inexistantes avec le chef de l’Etat, depuis l’affaire Benalla sur laquelle le Sénat a abondamment enquêté. Richard Ferrand, au contraire, est l’un des fidèles les plus proches d’Emmanuel Macron dont il a l’oreille attentive. 

Or, ce qui aurait pu être un duel s’est transformé en duo.

Un armistice dont la guerre contre le virus est à l’origine ?

Bien sûr. Une unité nationale qui tombe sous le sens de la part de Richard Ferrand mais qui va moins de soi de la part de Gérard Larcher. Le président du Sénat le martèle : "dans cette crise je suis aux côtés du président de la République et du Premier ministre". Mais ce qui donne toute sa saveur et toute sa valeur au couple Larcher/Ferrand, c’est surtout la volonté des deux hommes de garantir le bon fonctionnement de la machine démocratique en état d’urgence sanitaire

Pas de trêve pascale et report des travaux prévus cet été au Palais Bourbon. Outre les Questions au Gouvernement dans les deux hémicycles, l’Assemblée continue aussi par visioconférence la mission d’information sur le suivi des lois d’urgence, mission qui devrait basculer en commission d’enquête sur la gestion de la crise par l’exécutif. Cette volonté de contrôle est concrétisée aussi par le Sénat où les huit commissions permanentes auditionneront dans les prochains jours ministres et autres hauts responsables. 

Pourtant, cette "machine démocratique" est l’objet de critiques ?

C’est vrai. Et l’on peut regretter avec Jean-Luc Mélenchon  que l’opposition n’ait que peu de place face, je cite, au "monologue" macroniste. Il n’empêche. Même la très contestataire France insoumise "joue le jeu" parlementaire. Alors, face aux dérives autoritaires de certains pays au sein même de l’Europe, on ne peut que saluer les parlementaires de la majorité comme de l’opposition, de gauche comme de droite. Et donner un coup de chapeau à leurs deux présidents.  

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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