Face à la crise sociale provoquée par la réforme des retraites, se joue une guerre de l’ombre aux racines plus profondes...

La réforme des retraites a déclenché une crise inédite par son ampleur et sa durée. Avec d’un côté, un exécutif sous la mitraille des syndicats, il est vrai plus ou moins unis selon les moments. Un exécutif, aussi, dans le viseur d’une opposition qui tente de trouver un nouveau souffle. Une opposition de droite mais surtout de gauche. Une gauche qui affiche sa volonté de refaire l’unité de ses troupes comme au bon vieux temps du Programme commun. De l’extrême gauche et de la France Insoumise au centre gauche en passant par Generation.s, les socialistes et les Verts.   

Finalement, c’est le scénario d’une pièce assez classique, du moins en apparence seulement. Car la pièce, la bataille, ne se joue pas qu’au plan social. Elle est aussi fondamentalement politique. Sur deux plans.  Tout d’abord, parce qu’entre Emmanuel Macron et Philippe Martinez mais aussi et surtout Laurent Berger, se joue tout le leadership de la réforme, la réforme avec un R majuscule. A travers une réforme des retraites conçue et soutenue à ses débuts par la très sociale démocrate CFDT mais que veut se réapproprier le très social libéral Emmanuel Macron. Et vice versa…   

A gauche aussi, la bataille est structurellement politique. Et cette fois-ci, elle se joue entre les partis et les syndicats. Cette concurrence était déjà sensible en 2018 lors des ordonnances Travail, un sujet que Jean-Luc Mélenchon avait voulu faire sien en appelant, en vain, un million de personnes à manifester non pas au nom de la classe ouvrière ou même des salariés mais au nom du peuple, un concept plus politique que syndical. Même tentative au moment des Gilets jaunes où cette fois-ci les syndicats et notamment la CGT, avaient été persona non grata dans les manifestations. Aujourd’hui, malgré leurs divergences de fond, l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, le communiste Fabien Roussel, le socialiste Olivier Faure et l’écologiste Julien Bayou veulent reprendre le flambeau de la lutte, unis, face à des syndicats radicaux et réformateurs dont le front pourrait finir par se fracturer. Qui du politique ou du syndical aura le dernier mot ? Dans une démocratie, ce sont les élections et donc le politique, qui tranchent. Mais rien n’empêche à la négociation et donc à la démocratie sociale de fleurir et de porter ses fruits...

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