La séquence présidentielle n’est pas encore tournée que les forces politiques ont déjà les yeux rivés sur les législatives de la mi-juin.

Par Jannick Alimi

Officiellement, Les Républicains, malgré leur défaite au seuil de l’Elysée, vont aux législatives la fleur au fusil. Et en ordre de marche, derrière un capitaine qui a été chiraquien, sarkozyste, fillonniste, puis de nouveau sarkozyste. Vous l’aurez reconnu, c’est François Baroin, le sénateur de l’Aube et le président de la très influente Association des maires de France. Officiellement, Les Républicains espèrent remporter 150/200 sièges de députés, c’est à dire presque autant qu’aujourd’hui. Officiellement seulement. Car dans la coulisse, les élans d’enthousiasme se transforment en soupirs de découragement et les vivas en SOS. «Fillon défait, on ne gagnera pas les législatives, confie un filloniste. Une défaite à la présidentielle, il ne faut pas se raconter d’histoires, a toujours des conséquences. » Et certains donc, de penser déjà au coup d’après. Et le coup d’après, c’est une dissolution.

Même si ce n’est pas aux députés et encore moins à ceux de l’opposition, de la décider, Les Républicains, un parti rodé et rompu au fonctionnement de la Cinquième République, tablent en fait sur le blocage probable des institutions après l’élection présidentielle. « Je donne un an au futur président avant de dissoudre », croit savoir un député républicain. Un membre du bureau politique donne, lui, au futur chef de l’Etat, deux ans… Leurs explications sont d’une simplicité biblique. Trop peut-être…

« La grande inconnue c’est l’importance de la vague qui portera ou pas les candidats d’En Marche, reconnaît un sarkozyste. (Oui, oui, il y en a encore.) Mais, poursuit ce député LR, il y a une très forte probabilité qu’aucun des partis ne réunisse de majorité absolue. Alors la dissolution sera la seule façon pour l’exécutif de sortir de l’impasse. »

Cette dissolution pourrait être une chance pour les Républicains, pour deux raisons estiment-ils. Une fois la dynamique de la présidentielle passée et les premiers éléments de l’action gouvernementale posés (la très sensible réforme du droit du travail, de Pôle Emploi), le président de la République risque de faire face à la colère sociale et il aura de plus en plus de mal à cimenter une majorité autour de lui. Seconde raison : la remise sur pied des Républicains. Aujourd’hui, me dit un des leaders de ce parti : « la maison risque de se scinder en deux appartements distincts, les progressistes juppéistes et les conservateurs autour de Laurent Wauquiez. Mais dans un an ou deux, on peut espérer que le parti se sera reconstruit sur une ligne cohérente derrière un chef. Une dissolution pour nous serait alors l’occasion de redevenir la seule alternance possible. » Mais, ajoute ce vieux routier, à une condition « que le FN ne passe pas devant nous en juin prochain. » Primaires, présidentielle, législatives, troisième tour social, dissolution peut-être. On l’aura compris, la France vit une séquence politique qui n’est pas près de se terminer. Mais n’est-ce pas cela le prix de la démocratie ?

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