Le débat politique exhale en ce moment un parfum de nostalgie

jacques chirac hospitalisé pour un problème sans gravité
jacques chirac hospitalisé pour un problème sans gravité © reuters

Des spectres hantent la vie politique, et d’abord de celui de Jacques Chirac . Il y a dix ans, après avoir perdu le référendum sur la Constitution européenne, la cote de l’ancien Président était au plus bas. En 2015, il est la personnalité préférée des Français ! Résultat, à droite comme à gauche, on s’échange des nouvelles, ou des rumeurs, sur son état de santé à la buvette de l’Assemblée, on balance des perfidies sur la méchante Bernadette qui lui fait subir bien des tourments. Et surtout, à mesure que la présidentielle de 2017 approche, on se revendique de son héritage.

François Hollande n’est pas le dernier à le faire. Il continue de prendre régulièrement des nouvelles de l'ancien Président. Et aujourd’hui, il va s’employer à ressusciter un grand moment du chiraquisme, le fameux discours du Vel d’Hiv de juillet 1995 au cours duquel Jacques Chirac avait reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Hollande, lui, se rend sur le site du Camp des Milles, dans les Bouches-du-Rhône , seul camp d’internement et de déportation placé, durant la seconde guerre mondiale, sous administration française, en l’occurrence celle du régime de Vichy. Le Président va se pencher sur le passé, mais aussi prononcer un grand discours contre le racisme et l’antisémitisme.

Un discours contre le racisme dans la région PACA : et c'est bien sûr lié aux élections qui approchent. La menace d’une victoire de l’extrême droite emmenée par la petite-fille de Jean-Marie Le Pen sera, en filigrane, au cœur du discours du Président.

Et là aussi, Hollande s’efforce de se placer dans les pas de Chirac qui affronta le fondateur du FN au second tour de la présidentielle en 2002. Beaucoup pronostiquent déjà la présence de Marine Le Pen au second tour en 2017, et le Président veut se poser en rassembleur des Républicains, les vrais, ceux qui ne cèdent pas, eux, à la surenchère frontiste.

Hollande n’est pas le seul à suivre les pas de Chirac. Il y aussi Alain Juppé. Dans l’entourage du maire de Bordeaux, on rappelle volontiers ces temps-ci-que c’était bien lui, Juppé, le fils préféré de Chirac qui l’avait consacré comme le « meilleur d’entre nous » !

Lorsque Juppé s’est lancé, Chirac a même fait savoir que « s’il en avait la force », il lui filerait un coup de main.

Résultat, privé, et pour cause, du parrainage de Chirac, Sarkozy vient de ressusciter une autre nostalgie, celle du Général, carrément ! Il a même piqué son dictionnaire de citations de Charles de Gaulle à Morano pour exhumer le mot « chienlit ! ».

Le souci, c’est que ce concours de nostalgie, Chirac contre de Gaulle, et bientôt Mitterrand dont on va célébrer le 20e anniversaire de la disparition, souligne cruellement que si nos politiques d’aujourd’hui ont tant besoin de se référer aux grands d’hier, c’est qu’eux-mêmes, sont bien petits.

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