La tête d’Arnaud Montebourg s’affichait hier en gros à la Une de Libération, avec ce titre choc : "L’austérité se paye aujourd’hui en morts dans nos hôpitaux".

Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'Economie
Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'Economie © AFP / JEFF PACHOUD

Passons sur le côté grandiloquent de la formulation, et même sur un certain manque de pudeur à exploiter les morts sur ce ton-là au profit de ses petites obsessions idéologiques. 

Surtout quand les faits lui donnent tort. Car c’est faux. Rigoureusement faux. Déconnecté des réalités. Un confinement cognitif total. 

Pourquoi est-ce faux ?

Quand Montebourg s’en prend à la "conception stupidement budgétaire de l’Etat", il dit n’importe quoi. Parlons budget.  

La France a des dépenses publiques équivalent à 56% de son PIB, la Corée du Sud, c’est 32%. Montebourg, qui cite d’ailleurs l’exemple coréen dans son interview à Libé, aurait pu vérifier. 

"La bêtise, c'est de la paresse" disait Jacques Brel qui était gentil sur ce coup-là car il écartait l'hypothèse de la mauvaise foi. Prenez l'Allemagne, par exemple, elle semble se débrouiller plutôt mieux que nous pour l'instant, alors que ses dépenses publiques sont inférieures aux nôtres. C'est notoirement la patrie de cette austérité honnie. 

Montebourg s'en est souvent pris à l'Allemagne par le passé pourrait avoir l'élégance de reconnaitre que cette dernière n'était pas forcément dans l'erreur. Maintenant, rentrons dans le détail.

Si vous ne prenez que les dépenses de santé, nous y consacrons un peu plus de 11% de notre PIB, juste devant l'Allemagne, et très loin devant la Corée du Sud, qui est en-dessous des 8%. Quand Montebourg rajoute sans étayer son propos que voilà près de 20 ans que "nos dirigeants s'appliquent à réduire le champ de l'Etat", rien n'indique cela, ni les dépenses publiques, ni le nombre de fonctionnaires. Ces indicateurs nous placent tout en haut des classements mondiaux. Et ils ne baissent pas le moins du monde. 

A-t-il tort sur toute la ligne ?

Non, il a raison lorsqu'il pointe le "technocratisme vertical". Comme quoi on peut être intellectuellement confiné sur certaines choses et pas sur d'autres. La bureaucratie française a effectivement montré ses limites dans la crise : un exemple à cela, les 75 laboratoires vétérinaires départementaux n'étaient jusqu'ici pas autorisé à participer au dépistage du Covid-19. C'était une aberration, mais finalement quelques jours après un article du Point qui révélait cette absurde mise à l'écart administrative, un décret est paru, les autorisant à donner un coup de main. 

Le problème avec l'Etat, c'est bien celui-là et pas l'austérité en général, argument agité de manière pavlovienne et au mépris de toute vérification par Arnaud Montebourg et quelques autres. 

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