Retour sur la mobilisation des profs contre la réforme des retraites, qui a pris de court le gouvernement et menace de ruiner une partie de sa stratégie.

Manifestation à Paris contre le projet de réforme des retraites, premier jour d'une grève illimitée et reconductible. A l'appel des syndicats FSU, CGT, FO, Solidaires, UNEF, UNL, pour s'opposer au projet de réforme des retraites du gouvernement.
Manifestation à Paris contre le projet de réforme des retraites, premier jour d'une grève illimitée et reconductible. A l'appel des syndicats FSU, CGT, FO, Solidaires, UNEF, UNL, pour s'opposer au projet de réforme des retraites du gouvernement. © AFP / Denis Meyer / Hans Lucas

La mobilisation de jeudi dernier était prévue, la grève durable dans les transports, aussi. À en croire ses proches, Edouard Philippe le répétait d’ailleurs depuis des mois : une réforme d’une telle ampleur occasionnerait obligatoirement le réveil de toute une partie du corps social.  Mais la très forte proportion de grévistes dans l'Éducation nationale était en revanche peu ou pas anticipée. 

Plus d’un enseignant sur deux était en grève jeudi, selon les chiffres du ministère. Du jamais vu depuis 2003 ! Et un nouveau préavis a été déposé pour demain.

Qu’est-ce qui a précipité les enseignants dans la rue ?

Edouard Philippe l’a admis : une application absurde des nouvelles règles les pénaliserait fortement. La réforme prévoit en effet de calculer leur retraite sur l’ensemble de leur carrière et non plus sur les six derniers mois. Depuis des semaines, Emmanuel Macron et son Premier ministre répètent que le cas spécifique des profs va être pris en compte. Mais le message ne passe pas. Les syndicats ont repéré, via des simulateurs, des baisses de pensions qui vont jusqu’à 900 euros. Matignon a beau clamer que ces mêmes syndicats ne sont pas, je cite, "de bonne foi", ces montants restent gravés dans l’esprit des profs. 

Sous pression, Jean-Michel Blanquer promet à présent "des mesures inédites dans l’histoire de l'Éducation nationale". À commencer par une hausse de 400 ou 500 millions annuels du budget de son ministère. Mais les profs ont encore sorti les calculettes : cela donnerait une hausse de 37 euros bruts par mois pour chacun d’eux. La copie est donc à revoir.

Pourquoi cette colère est-elle si délicate à gérer pour le gouvernement ?

Le gouvernement espérait lors de cette mobilisation montrer du doigt les bénéficiaires des régimes spéciaux. Des « privilégiés », entre guillemets, qui seraient en train de défiler pour préserver des avantages d’un autre âge. Sauf que la présence en masse des enseignants brouille ce message. Difficile de compter parmi les privilégiés ceux qui depuis des mois clament leur mal-être, symbolisé par le suicide de Christine Renon, directrice d’école en Seine-Saint-Denis. À Matignon, on espère encore pouvoir trier le bon grain de l’ivraie. D’un côté les populations "inquiètes qui n’ont pas lieu de l’être", comme les profs.  Et de l’autre, les populations "inquiètes qui ont raison de l’être", les cheminots. Sauf que ce clivage reste bien théorique au regard de la colère bien réelle des Français.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.