Barbarismes, néologismes et autres mots de vieux français : les politiques y ont parfois recours pour servir leur communication.

Je voulais revenir sur le mot que François Hollande a utilisé dans sa conférence de presse pour parler des quartiers difficiles : « ségrégé », qu'on prononce aussi « ségrégué ». Alors c'est tout à fait correct, c'est du vieux français, et on a bien compris l'objectif : ne surtout pas reprendre le terme polémique d'« apartheid » utilisé par Manuel Valls.

Ce n'est pas la première fois qu'un politique déterre un mot du cimetière de la langue française. Vous vous souvenez de la « chienlit » du Général de Gaulle ? Eh bien c'était du vieux français du 16ème siècle ! L'objectif, c'est de surprendre et de détourner habilement l'attention. Le roi, bien sûr, c'est Jacques Chirac avec son cultissime « abracadabrantesque », déniché dans un poème de Rimbaud. Et ça avait parfaitement fonctionné : on avait plus parlé de ce mot bizarre que du financement occulte du RPR !

Mais parfois, ces acrobaties lexicales se retournent contre les politiques.

Jul Raffarinade
Jul Raffarinade © Radio France / Jul

Ce sont des hommes comme les autres et ils commettent parfois des barbarismes à vous vriller la trompe d'Eustache. Par exemple Ségolène Royal en 2007 avec sa fameuse « bravitude ». La droite avait bien rigolé. Pas de chance, Nicolas Sarkozy s'était pris les pieds dans le dictionnaire en parlant de « fatitude ». Sarkozy, vous le savez, il a beaucoup torturé la langue française. En 2011 par exemple, il avait vanté le système « perein », qui avait permis de sauver la zone euro, au lieu de « pérenne ». Je ne vous raconte pas la tête catastrophée de ses conseillers. Aucun de n'a osé lui dire qu'il avait fait une grosse faute de français !

Mais là encore, le maître, c'est Jean-Pierre Raffarin. Ecoutez cette sublime « raffarinade » de 2005 sur la Constitution européenne :

Les noms propres aussi sont souvent écorchés. Et là, le spécialiste c'est Nicolas Sarkozy, qui appelait systématiquement le patron de l'ONU « M'sieur Ben ki-Moon », au lieu de « Ban ki-Moon ». Ou pire encore, il avait cité une fois le célèbre sémiologue Roland, je cite, « Barthesse ». Il pensait peut-être au footballeur. Allez, Eric, j'arrête là, sinon on va m'accuser de sombrer par « fatitude » dans la « méprisance »...

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