Par Solenn de Royer

De l’extérieur, ça peut paraître étrange : tous les jours, des journalistes et des politiques se retrouvent à table , ils déjeunent ensemble. Dans un palais de la République. Ou dans un restaurant parisien. Mais c’est un véritable rite du microcosme politico-médiatique.

Deux journalistes, Alba Ventura et Laurent Bazin, en ont fait un livre, qui sort aujourd’hui en librairie. Le titre : Le bal des dézingueurs . Le pitch : ce que les politiques disent vraiment, micros fermés.

Le livre fourmille d’anecdotes croustillantes. On apprend par exemple qu’Arnaud Montebourg, le jour où il s’est fait congédier du gouvernement, est rentré dans le bureau de Manuel Valls en chantant à tue-tête une chanson des Doors : « This is the end » Il prend ensuite le premier ministre dans ses bras, il le serre. Il lui dit : « Allez, vieux frère ! » Et puis, il s’en va. Cette scène est incroyable !

Ces déjeuners entre journalistes et politiques sont aussi l’occasion de règlements de comptes, c’est le bal des snipers ! Le livre regorge de ces petites perfidies… Que dit Marisol Touraine à propos de Christiane Taubira, par exemple ? « Son petit moteur, c’est la gloire. Elle se shoote aux selfies ! » NKM à propos de Sarkozy : « Comme homme politique, Sarko est formidable. Comme homme tout court, il est pathétique » . Et puis, il y a cette confidence de Marine Le Pen sur François Hollande : « Hollande c’est comme les bougies magiques des anniversaires. Vous les avez éteintes… et PAF ! Elles se rallument tout le temps ! »

On pourrait se dire que les déjeuners sont le lieu d’une connivence malsaine entre journalistes et politiques . Mais il n'en est rien. Ce ne sont pas des déjeuners entre amis. Je vous rappelle ce que disait Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde : « Le journalisme, c’est le contact et la distance » .

Certains diront aussi que ces confidences off , relayées dans la presse, tirent la politique vers le bas. Qu’à force de regarder derrière le rideau, d’explorer les coulisses, on déconstruit la politique et donc on la désacralise.

Mais c’est aussi ça la politique : une incarnation . Des egos, des ambitions, des passions, des rêves, des désirs, des haines, des jalousies, qui en disent parfois bien plus long sur le pouvoir que les grands discours…

Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai déjeuné avec un très proche de François Hollande. On lui a demandé pourquoi le président, qui espère rassembler la gauche pour 2017, menait une politique de droite. C’est un peu caricatural mais ça tournait autour de ça. Eh bien, figurez-vous, il n’a pas su répondre. Ou plutôt si, il nous a dit : « Ca m’échappe aussi… C’est un mystère. »

On sentait un vrai désarroi. Ce déjeuner en disait long sur le climat qui règne au sommet de l’Etat.

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