On parle beaucoup de Nicolas Sarkozy, mais si on regarde bien, c’est plutôt l’ombre de son ancien Premier ministre qui plane au-dessus de la vie politique française. L’héritage politique de François Fillon reste plus vivace qu’on le croit.

François Fillon en 2017
François Fillon en 2017 © Getty / Sylvain Lefevre

D’abord parce que les déboires judiciaires de François Fillon en pleine présidentielle 2017 font aujourd’hui encore débat. Fallait-il mettre un candidat en examen un mois et demi avant le premier tour ? 

Certains parmi ses anciens adversaires ont radicalement changé d’avis, surtout s’ils ont eu des démêlés avec la justice depuis. Prenez par exemple Jean-Luc Mélenchon. Dans son livre, De la vertu, publié en mars 2017, il dénonçait « les affaires dévastatrices qui témoignent de l’omniprésence de l’argent ». Volte-face dans le journal Ouest-France ce week-end. Le leader insoumis n’est plus sûr d’avoir bien réagi à l’époque. Et il s’interroge même : « Qui peut être fier de la liquidation judiciaire en campagne électorale de Monsieur Fillon ? »

D’un point de vue politique, est-ce purgé ?

Non, pas du tout. Même si le nom de Fillon, condamné en première instance à 5 ans de prison dont deux ferme pour les emplois fictifs de sa femme, n’est presque plus jamais prononcé, le débat se recentre autour de son héritage idéologique. 

En coulisses, la droite se déchire. Faut-il tourner résolument le dos à l’approche ultra-libérale en économie et conservatrice sur les sujets sociétaux du Sarthois ? Certains l’ont déjà fait et se présentent comme des Boris Johnson à la mode française. Ils promettent d’augmenter le SMIC ou de s’attaquer à la précarité quand François Fillon voulait lui passer l’Etat à la moulinette austéritaire. 

Xavier Bertrand reste, lui ,très silencieux sur son positionnement. Seul Bruno Retailleau ose encore se réclamer à plein de la ligne Fillon. Le chef des sénateurs LR compte sur une primaire, comme son ami avant lui, pour imposer ses idées. 

Que pensent les anciens électeurs de Fillon de tout ça ? 

Les 7,2 millions de personnes qui ont voté pour l’ancien Premier ministre au premier tour de 2017 ne sauront jamais si leur champion a perdu uniquement en raison des affaires ou parce qu’il promettait du sang et des larmes. 

Pour mesurer l’épaisseur de leur désarroi, il suffit de jeter un œil au sondage Harris Interactive publié hier par le journal L’Opinion. Si Xavier Bertrand était le candidat de la droite en 2022, seuls 51 % des anciens électeurs de Fillon voteraient pour lui, 20 % choisiraient Emmanuel Macron et 17 % opteraient pour Marine Le Pen. 

Bref, la droite filloniste ressemble plus que jamais à un troupeau d’électeurs égarés. 

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