Malgré une campagne dominée par les affaires, nos élus restent très réticents lorsqu'il s'agit de raboter leurs privilèges.

Par Nathalie Schuck.

Le modèle suédois, fait de rigueur et de sobriété, ça n'est pas pour demain en France. Et j'ai bien peur que les électeurs, qui sont dégoûtés des affaires, aient la gueule de bois. J'ai regardé ce que proposent les candidats en matière de moralisation, ça ne va pas bien loin. Les plus offensifs, ce sont Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, qui veulent interdire aux députés et sénateurs d'embaucher un membre de leur famille. François Fillon se contente de promettre une commission !

Mais je n'ai rien trouvé du tout sur tous les petits privilèges des ministres qui font bondir nos voisins du Nord de l'Europe : logements de fonction, véhicules avec chauffeur, déplacements en Falcon. Ou aux ministres de l'Intérieur qui ont droit à une voiture et à une protection à vie, quelle que soit la durée de leur mission, ce qui avait été épinglé en 2010 par la Cour des comptes.

L'exemple Scandinave

Chez nos amis scandinaves, seul le Premier Ministre a droit à un logement -payant- à une berline et à des gardes du corps. Les ministres, eux, mangent à la cantine, voyagent en classe éco et tout citoyen peut consulter leur déclaration fiscale. Là-bas, François Fillon n'aurait pas tenu une journée. Vous connaissez peut-être le « scandale Toblerone » : en 1995, la numéro deux du gouvernement Suédois avait démissionné après avoir payé deux barres de chocolat avec sa carte de fonction...

En France pourquoi ça n'est pas possible ? Peut-être parce que les Français, même s'ils ne veulent pas se l'avouer, ont toujours un petit fond monarchique. Mais surtout parce que nos élus font de la résistance ! J'en ai interrogé plusieurs depuis l'affaire Pénélope et ils sont très réticents. La plupart sont d'accord pour dire qu'il faudrait en finir avec les privilèges à vie, sauf pour les anciens présidents. « On ne va quand même pas en faire des clochards en HLM », m'a dit un ancien ministre. Mais ça coince sur les hôtels particuliers qui abritent les grands ministères. Une ancienne ministre s'est carrément agacée : « On ne va pas mettre tout le monde dans du Ikea parce qu'il y a quelques voleurs de petite cuillère ! »

Le cas emblématique du ministère de la Défense.

Il y a pile un an, François Hollande avait tenté de contraindre Jean-Yves Le Drian de s'installer dans des nouveaux locaux hypermodernes, le « Balardgone », au sud de Paris : « Tu finiras à Balard ! » Le Drian a refusé. On a donc techniquement deux ministères de la Défense. Ceci dit, j'avais aussi demandé au président s'il était prêt, lui, à déménager l'Elysée. Il m'avait répondu : « Non. Car la République doit être majestueuse si elle veut être respectée ».

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