S’ils présentaient une liste aux européennes, les gilets jaunes pourraient obtenir 12% des voix, d’après un sondage publié hier dans le JDD. Ce mouvement social peut-il vraiment devenir une force politique ?

Contre toute attente, le Gilet jaune pourrait s’inviter dans la collection électorale du printemps 2019. Et en tête de défilé s’il-vous-plaît ! Pendant des jours, on s’est demandé si cette colère populaire allait profiter à Marine Le Pen ou à Jean-Luc Mélenchon. En fait, une liste couleur fluo ferait carrément jeu égal avec le Rassemblement national et les Insoumis, qui eux perdraient beaucoup de voix.  Il y a actuellement dans le pays comme un désir de dégagisme jaune, qui s’applique aussi aux partis contestataires.

Et ça ressemblerait à quoi ? Ce serait l’équivalent français du Mouvement 5 étoiles, qui gouverne en Italie, c’est ça ?

Il y a de nombreux points communs entre les deux mouvements. Comme les Gilets jaunes, le Mouvement 5 étoiles s’est construit, à la fin des années 2000, en opposition aux élites politiques et médiatiques. Le problème, c’est qu’il manque aujourd’hui beaucoup de choses aux Gilets jaunes pour prétendre devenir un parti crédible.

Il manque un programme, pour commencer.  Aujourd’hui, vous mettez trois Gilets jaunes dans une même pièce et vous avez trois visions du monde. Est-ce qu’il faut augmenter la dépense publique ? Est-ce qu’il faut taxer davantage les multinationales, les riches ? Est-ce qu’il faut sortir de l’Union européenne, expulser un maximum d’étrangers ? Sur toutes ces questions, il n’y a aucun consensus sur les barrages.

Et puis, il y a un problème de leadership. Même si tous les Gilets jaunes de France arrivaient à se mettre d’accord sur un programme commun, encore faudrait-il décider de qui se présente. Et c’est là, comme souvent en politique, que les difficultés pourraient se préciser.  En Italie, le Mouvement 5 étoiles a été dirigé d’une main de fer pendant près de dix ans par un comique, Beppe Grillo.  Chez les gilets jaunes, aucun leader ne fait l’unanimité.

Il y a pourtant des figures qui commencent à émerger, dont certaines ont rencontré le Premier ministre ou le ministre de l’Ecologie

Oui, mais sans qu’une seule de ces personnalités ne s’impose. Aujourd’hui, la planète « gilet jaune », c’est un peu le bazar... le bololo pour reprendre une expression chère à notre Premier ministre).  Il y a les radicaux, comme le routier Eric Drouet qui rêve de visiter l’Elysée.  Il y a les modérés, comme Jacline Mouraud, la bretonne qui communique avec l'au-delà.  Et puis il y a les gilets jaunes citoyens, les gilets jaunes sans étiquette, les gilets jaunes citron et une myriade d’autres groupuscules. Bref, on s’y perd.

D’ailleurs, le premier « gilet jaune » à avoir parlé dans les médias d’une liste aux européennes en a pris pour son grade. Il s’appelle Jean-François Barnaba, et quand il a voulu retourner sur son rond-point, dans l’Indre, on lui a envoyé de la farine sur la tête.

Finalement, à ce jour, il n’y a qu’une seule personnalité d’envergure nationale qui fait l’unanimité au sein du peuple à chasuble. C’est un comique lui aussi, célèbre pour son t-shirt jaune. Le seul problème, c’est qu’il est mort, il y a 30 ans. Il s’appelait Coluche

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