La loi Macron prend beaucoup plus de temps que prévu à l’Assemblée : il y a finalement beaucoup plus d’articles à étudier. Comment Emmanuel Macron gère-t-il cette inflation des textes ?

Initialement, l’examen du texte devait prendre deux semaines. Mais hier, on est entrés dans la troisième semaine. Il faut dire que pour sa première loi, son baptême du feu, Emmanuel Macron, a tenu à répondre à toutes les interventions des députés. S’il irrite, le ministre de l'Économie fait aussi l’admiration de nombreux socialistes.

A commencer par le chef de file des députés socialistes : à écouter Bruno le Roux, il faudrait parler de « Super Macron » tant sa capacité de persuasion serait impressionnante (Les Guignols de l’Info le caricaturent sous forme de bébé ; il faudrait le doter d'une cape et d'une épée selon certains socialistes). Le Ministre s’est aussi montré conciliant.

Emmanuel Macron à l'Assemblée
Emmanuel Macron à l'Assemblée © MaxPPP / Vincent Isore/IP3

Ce qui a pu lui faciliter la tâche, mais l’a aussi considérablement alourdie puisque le nombre d’articles a totalement explosé. On est passés de 104 articles à 207 articles après son passage en commission et le début de la discussion à l’Assemblée… Soit à un article près tout simplement un doublement du texte, d’après mes confrères du Monde . C’est le résultat, diront les plus optimistes et les Macron-maniaques, de la capacité d’écoute du jeune ministre. Mais pour ceux qui regardent un peu plus loin, qu'y-a-t-il derrière ? Des centaines, voire des milliers, de décrets d’application en plus.

D’après Bercy, les premiers décrets d’application seront publiés l’été prochain et la totalité avant la fin de l’année. Ça, c’est pour la version positive des choses. Selon Jacques Attali, qui ne peut vouloir de mal à Emmanuel Macron puisqu’il est l’un de ses parrains en politique, il faudra attendre l’été prochain pour que le Sénat vote la loi. Et il table pour une mise en œuvre fin 2016. J’ai bien dit fin 2016 ! On parle bien d’une loi censée booster l’économie française à court terme!

Cette inflation législative est un mal récurrent en France, et qui ne fait que s’aggraver . Il n’y a qu’à regarder les chiffres. Un député a demandé au gouvernement de lui communiquer le nombre de pages du Journal Officiel - la bible de la législation française - depuis 1974 : on est passé pour cette année-là de 13 304 pages à 22 882 en 2013 avec un pic à 26 206 pages en 2003.

Il est ainsi arrivé, faut-il le rappeler, que certaines lois soient balayées par d’autres textes avant même que les décrets soient publiés. On ne peut qu’espérer que ce ne soit pas le sort qui attende la loi d’Emmanuel Macron. Aussi prometteur que soit le ministre de l’Économie, il ne pourra se targuer d’un succès que si sa loi est appliquée, ce sera sa vraie modernité… A lui de s’y employer. Sinon, d’étoile montante de la politique, il n’en sera qu’une énième étoile filante.

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