Par Solenn de Royer

Hier, les députés ont adopté l’article 2 de la révision constitutionnelle portant sur l’extension de la déchéance de la nationalité pour les terroristes. Aujourd’hui, doit avoir lieu le vote solennel sur le texte. Après trois mois de débat, on constate un vrai ras-le-bol sur ce sujet…

Personne n’en peut plus de ce débat. J’ai parlé avec des députés, des sénateurs, même des ministres : ils en ont tous ras le bol ! D’abord parce que ce sujet vampirise le débat public. Il va occuper le Parlement pendant des semaines. Et puis, tout le monde a compris qu’il s’agit d’une mesure symbolique, qui n’a aucune efficacité pour lutter contre le terrorisme. Cela fait beaucoup !

Même les proches de François Hollande trouvent que ce débat a trop duré. L’un d’eux me disait il y a quelques jours : « Cette affaire de déchéance, c’est une affaire de cornecul ! Il faut en finir ! »

Manuel Valls à l'Assemblee Nationale lors de l'examen de la déchéance de nationalité
Manuel Valls à l'Assemblee Nationale lors de l'examen de la déchéance de nationalité © MaxPPP/Wostok Press/Francois Lafite/

Les Français sont majoritairement pour cette mesure, ils sont 73% à approuver le principe, selon un dernier sondage. Mais ils sont aussi 61% à considérer que ce n'est pas prioritaire.

Surtout : pour trois Français sur quatre, les positions des responsables politiques sur le sujet ne sont « pas claires ».

C’est vrai qu’on s’y perd ! Notamment parce que le débat est miné par les arrières pensées politiciennes. François Hollande a voulu faire l’union nationale autour d’une mesure proposée par la droite. Mais il a voulu aussi la piéger. Du coup, le piège s’est refermé sur lui. A droite, la boussole, c’est la primaire. Nicolas Sarkozy est pour la déchéance. Et donc, les autres sont contre ou réservés. Bref, chacun est dans un jeu de rôle !

Cette affaire de déchéance de nationalité marque le fossé toujours plus grand entre les Français et la classe politique, la « petite bulle parisienne » et le reste du pays. Sur le terrain, les députés constatent que ce sujet n’intéresse personne. Alors qu’au lendemain des attentats, il y avait un vrai besoin d’unité. Mais la tactique politique, les intérêts partisans, ont repris le dessus. Et ça fait des dégâts. Au sommet de l’Etat, on sent une certaine gêne : beaucoup ont compris que ce long débat abimait la classe politique. Je vous cite un ministre, qui me disait, un peu penaud : « Nos états d'âme n'ont pas touché l'opinion. Les Français ne comprennent pas pourquoi on débat. Il y a un problème de décalage entre la représentation politique et l'électorat. »

Je rappelle que la déchéance de la nationalité pour des terroristes ayant acquis la nationalité française existe déjà. Depuis 2012, savez-vous combien de déchéances ont été prononcées ? SIX ! Et dans l’indifférence la plus totale. Tout ça pour ça !

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.