Le déplacement en famille de Manuel Valls en Falcon à Berlin samedi dernier pour voir la finale de ligue des champions fait polémique. A-t-il commis une erreur de débutant en montant dans l’avion ?

Un Falcon 50
Un Falcon 50 © CC ZK-NGJ

Je pense qu’on peut dire que ce pro de la com’ s'est pris les pieds dans le tapis en multipliant les explications contradictoires censées justifier ce voyage. Il avait été invité par Platini, mais la réunion a été annulée et il s'est finalement rendu tout de même au stade pour assister au match. Il ne s’est pas inspiré de la réaction millimétrée de François Fillon en février 2011, qui avait publié un communiqué exhaustif pour couper court à la polémique sur ses vacances de Noël en Egypte à l’invitation du président Moubarak.

Mais pour un Fillon qui s’en tire, il y a bien des victimes de la tentation du Falcone. Michèle Alliot-Marie a dû démissionner du Quai d’Orsay à cause d’un voyage en Tunisie à l’invitation d’un homme d’affaire proche de Ben Ali. Le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Alain Joyandet, a été remercié en 2010 pour avoir loué 116 000 euros un jet entre la Martinique et Paris.

Pourquoi ce gros passif entre les politiques et l’avion ?

Sans doute parce que c’est le plus beau symbole de la puissance ! L’avion, c’est l’hyper-vélocité au service d’un pouvoir réactif et fulgurant. A droite, on se laisse plus facilement griser ; à gauche on s’essaye à la vertu scandinave et écologique. Le gouvernement n’a-t-il pas rédigé en mai 2012 une charte de déontologie dont l’article 5 stipule que « les moyens mis à disposition des ministres sont réservés à l’accomplissement de leurs missions » ?

Valls sait tout cela, lui qui a supervisé la com’ de Jospin pendant cinq ans à Matignon, celle de Hollande pendant la présidentielle. Et pourtant, il a cédé à la tentation du Falcone.

A-t-on raison de le lui reprocher ?

Oui, parce que la gauche ne cesse de faire la morale sur ce sujet, et Valls le premier.

Mais non, parce que l’exercice du pouvoir n’est pas un sacerdoce, il suppose de lourds sacrifices, et de temps en temps un coup de frime.

Il est peut-être temps d’arrêter de jouer les Gandhi. Regardez Hollande. Il a voulu faire le président normal en montant dans le train pour aller à Bruxelles lors des réunions européennes. Ses voyages coutaient 37 000 euros moins cher que les allers retours de Sarkozy. La belle affaire ! Cela ne prenait pas en compte le coût pharaonique d’entretien de l’Airbus présidentiel, resté au sol. Depuis, Hollande sillonne le monde à bord de SarkoOne.

Quant à Valls, il est le fils spirituel de Sarkozy dans cette histoire. Il est parti voir son match de foot convaincu d’avoir mis dans sa poche le Congrès du PS.

Mitterrand se demandait, à propos du PS, « comment faire voler cet étrange avion avec tant d’ailes gauches… et aucune aile droite ». Hé bien, cela reste toujours vrai. Et Manuel Valls vient de s’en rendre compte, encore une fois.

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