Le Rassemblement national est le seul parti à critiquer ouvertement le gouvernement sur sa gestion de la crise du coronavirus. C’est si surprenant que cela ?

Marine Le Pen au meeting de son parti à Marseille en mars 2020
Marine Le Pen au meeting de son parti à Marseille en mars 2020 © AFP / Pascal POCHARD-CASABIANCA

C'est surprenant car tous les partis font bloc jusqu’à présent derrière l’exécutif. De la France Insoumise et du parti communiste aux Républicains en passant par les socialistes et les Verts. Il est vrai qu’Edouard Philippe, le Premier ministre, a reçu l’ensemble des représentants politiques et des collectivités locales pour leur prouver sa volonté d’agir en toute transparence. 

Et pourtant, qu’entend-on dans les rangs du Rassemblement national ? « Le gouvernement a cherché à minimiser la crise sanitaire », martèle Marine Le Pen, la présidente du RN. "Est-ce qu’on peut accepter l’idée de mourir pour le « sans-frontiérisme ? », n’hésite pas à lancer Sébastien Chenu, le député RN du Nord. Et le RN de vouloir trouver dans cette crise une légitimation de ses propres lignes force, le manque d’organisation de l’Union européenne ou le besoin de contrôles aux frontières…

Est-ce qu’il serait possible que le RN ait raison seul contre tous ?

Je ne me lancerais pas dans une exégèse des mesures préconisées par le RN, et je fais confiance aux scientifiques et aux médecins qui font plus qu’inspirer l’action du gouvernement sur le sujet.

En revanche, on peut s’interroger sur la stratégie politique du RN. En effet, depuis la présidentielle, Marine Le Pen n’a eu de cesse de vouloir se crédibiliser dans le but d’élargir son socle électoral. Ça été l’abandon de facto du « Frexit » et même de la sortie de la zone euro, pour rassurer les retraités et les CSP Plus. Ça a été ensuite le renforcement d’un volet « social », délaissé par les Républicains, pendant la crise des Gilets jaunes et en s’opposant à la réforme des retraites. Enfin plus attendu, sa défense de l’ordre public pendant les Gilets jaunes lui a fait gagner quelques galons de parti de gouvernement. Ce qu’a révélé son bon score aux Européennes. 

Comment expliquer l’attitude du RN en ce moment ?

Si la majorité et les LR reprochent au RN de vouloir surfer sur les peurs, le RN, au contraire, estime être dans la vérité et la transparence. Mais c’est un choix qui peut s’avérer politiquement contre-productif pour Marine Le Pen. Car jouer les Cassandre et les trublions à l’heure où les Français croient plus dans leurs scientifiques que dans les politiques, à l’heure où ils font preuve d’esprit civique et de solidarité, tout cela risque de coûter cher à un parti en quête de crédibilité. Surtout à deux ans d’une présidentielle pour laquelle Marine Le Pen et elle seule s’est déjà mise officiellement en lice.

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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