Par Nathalie Schuck

Dans l'esprit des Français, président de la République, c'est un boulot en or. Si on passait une petite annonce, on pourrait écrire : «Vous aimez les voyages en première classe, fendre les embouteillages à vive allure à coup de gyrophare, rencontrer des personnalités de haut rang et la déco rococo, postulez !»

On imagine toujours le président vivant tel un monarque dans le faste élyséen, dans le Salon doré qui abrite son bureau Louis XV, sous un lustre Napoléon III à cristaux. La vérité, c'est que c'est sans doute le pire job de la terre ! Les nuits sont très courtes, l'impopularité abyssale, les emmerdes colossales, les trahisons légions, et la solitude immense. Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous deux vu leur couple exploser sous la pression du pouvoir. Tout ça pour un salaire de 14.910€ bruts par mois : 10 fois le SMIC, certes, mais 16 fois moins que les patrons de Renault ou Total...

Nicolas Sarkozy m'avait avoué un jour, quand il était en fonctions : « Tous les matins, quand je me lève, je prends un seau de purin sur la tête. Il pleut, c'est ma faute ! Votre femme demande le divorce, c'est ma faute ! Vous avez mal à la tête, c'est ma faute ! Quand vous êtes président, les gens vous rendent responsable de tout, c'est lourd ».

Carla Bruni aussi trouvait ça « violent », l'obligation de transparence. Elle disait : « Donner le prix de ma moquette, ça non ! Jamais ! » C'est Bruno Le Maire qui a très bien résumé les choses avec cette tirade : « Oui, il faut être fou pour vouloir devenir président ».

Mais leur drogue, c'est l'Histoire, l'empreinte qu'ils vont laisser. François Hollande l'avait expliqué sur France Culture : « Ce qui m'anime, m'habite presque, c'est qu'est-ce que j'aurai laissé comme trace... » Sa hantise, c'est qu'on ne retienne rien de son quinquennat, même s'il est déjà assuré de passer à la postérité avec le mariage gay, le Mali ou la Syrie. Nicolas Sarkozy m'avait aussi dit cette phrase, qui m'avait frappée, après son élection en 2007 : « Moi, je suis déjà dans les livres d'histoire ». C'est ça leur drogue, ils travaillent pour les dix prochaines années, pas pour demain.

Leur modèle c'est Jacques Chirac, passé de « Supermenteur » au vieux sage visionnaire qui a tenu tête sur l'Irak aux Américains. Et ça, ça les fait rêver.

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