Sans cesse critiqué de Premier ministre falot, vassalisé par Emmanuel Macron, Edouard Philippe pourrait bien être plus que ça.

Par Jannick Alimi

On aurait tort de ramener Edouard Philippe à la portion congrue du festin macronien. C’est vrai qu’on l’a vu quasiment humilié par le chef de l’Etat au moment du Congrès de Versailles. C’est vrai que, contrairement aux premiers ministres qui l’ont précédé, ce n’est pas son parti qui détient la majorité à l’Assemblée nationale. Mais, peu à peu Edouard Philippe se taille une personnalité bien à lui.

Plus décontracté que son patron de l’Elysée, un humour à froid qui écorche sans mépriser. Et d’ailleurs, Edouard Philippe monte en première ligne de plus en plus souvent. C’est normal pour un Premier ministre, c’est le rôle de « chef d’orchestre » qu’il aime bien incarner, le compositeur restant bien sûr Emmanuel Macron. Il n’empêche ! C’est Philippe qu’on voit dimanche après-midi sur le perron de Matignon pour un séminaire de travail destiné, une fois de plus, à mettre en ordre de marche un gouvernement macronien. C’est lui qu’on envoie sur un plateau télé croiser le fer avec Jean-Luc Mélénchon, opposant numéro Un au pouvoir. Un député La République En Marche confiait:

Edouard Philippe est sorti de l’anonymat grâce à Macron, mais pour Macron, Philippe reste une pièce essentielle de sa stratégie politique.

Même si Edouard Philippe pourrait bientôt ne plus encarté dans un parti (il cette semaine l'exclusion de chez Les Rébulicains), ce qui est crucial c’est que, comme les locataires de Bercy, Bruno Lemaire et Gérald Darmanin, restent estampillés à droite. C’est en nommant Philippe à Matignon que Macron a gagné les législatives et a commencé à fracturer les Républicains.

Et pour l’avenir aussi Philippe reste indispensable. Car contrairement au PS, le parti LR est en passe de se trouver un chef, Laurent Wauquiez. Et un chef d’autant plus dangereux que, comme l’estime un député LR, « Wauquiez entre par la fenêtre à droite mais ressortira par la porte au centre. » Pour achever la décomposition de la droite, Macron a donc plus que jamais besoin de capitaliser sur la droite juppéiste et même sociale à la Xavier Bertrand. Une droite macro compatible incarnée par Edouard Philippe. Philippe, lui, a bien compris l’enjeu qu’il représentait pour le chef de l’Etat. En tout cas, pour encore plusieurs mois...

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