Par Benjamin Sportouch, journaliste politique au magazineL'Express

françois fillon rouvre le débat à l'ump sur le fn
françois fillon rouvre le débat à l'ump sur le fn © reuters

François Fillon a provoqué une polémique dimanche, en semblant définitivement enterrer l’idée d’un Front républicain contre le Front National.

François Fillon était interrogé sur la stratégie de son parti en cas de duel PS-Front national aux élections municipales de mars prochain.

Et voilà ce qu’a répondu l’ancien Premier ministre :

  • Des propos assez surprenants de la part de François Fillon, car jusqu'ici à droite, il faisait plutôt figure de rempart contre toute tentation de rapprochement avec le F.N. En fait, l’évolution de François Fillon est symptomatique de la confusion idéologique qui règne à l’UMP qui ne mène pas à ce stade à une alliance avec le Front national, mais à une tolérance vis-à-vis du parti de Marine Le Pen.

    Il y a deux ans et demi à peine, en mars 2011, François Fillon faisait preuve d’une grande fermeté. Le débat s’était invité à droite au moment des cantonales et il appelait alors à voter contre le Front national, y compris pour le PS. Provoquant une crise ouverte avec Jean-François Copé qui défendait, lui, le « Ni Front national, ni Front républicain », soutenu en cela par Nicolas Sarkozy.

  • Et puis la présidentielle est passée par là... ... avec une droitisation du discours de Nicolas Sarkozy et très clairement des militants de l’UMP qui sur le terrain réclament ouvertement une alliance avec le FN. François Fillon infléchit alors sa position.

    C’était à l’automne 2012 pendant le débat qui l’opposait à Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP. Plus question alors d’inciter à voter pour le PS. C'étaitle 25 octobre sur France 2 :

  • Quelles sont les conséquences politiques de cette évolution de François Fillon ? « Le front républicain est mort, c’est une erreur démocratique » me confiait hier un proche de François Fillon. Le candidat déclaré à la primaire UMP pour la présidentielle assume ce changement de ton censé séduire le cœur de son électorat. Pas sûr cependant que ce soit un bon calcul.

D’un côté en effet, il cède le flambeau du combat contre le FN que pourrait récupérer un potentiel concurrent en 2017. En l’occurrence Alain Juppé. Dans un entretien à paraître demain dans l’Express, le maire de Bordeaux prend le contre-pied de François Fillon. Il réaffirme qu’il ne met pas sur le même plan extrême-droite et Parti socialiste laissant clairement entendre qu’en cas de danger de victoire du FN, il choisirait le PS.

François Fillon remet donc en selle un Alain Juppé qui pourrait chercher à représenter la ligne « moderne et humaniste » pour reprendre des mots chers aux centristes de l’UMP comme Jean-Pierre Raffarin. Un créneau politique de centre droit qu’incarnait jusque là François Fillon. Il offre aussi une occasion inespérée à Jean-François Copé de se recentrer. Le président de l’UMP qui est régulièrement accusé de flirter avec les thèses du FN, n’a cependant jamais envisagé un vote pour le parti d’extrême-droite. Enfin, troisième conséquence, désastreuse celle-ci pour toute la classe politique : Marine Le Pen qui ne fera sa rentrée politique que le week-end prochain est au centre de tous les débats. Sans même lever le petit doigt.

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