Je voudrais vous parler d’une histoire de couple, un couple qui ne va pas très fort. Un couple en crise. Le couple d’Angela et de Nicolas. Merkel et Sarkozy.

Ces deux-là s’entendaient si bien. Pendant des années, l’ancien Président en faisait tellement pour afficher leur complicité. Il touchait la Chancelière, l’enlaçait, lui tapait sur l’épaule devant les caméras. Le 30 mai dernier encore, au congrès fondateur de son parti, Les Républicains, Sarkozy était tellement content de diffuser aux militants un message vidéo de Merkel qui se réjouissait, je cite, de « la poursuite de la collaboration entre les deux partis ».

Mais l’idylle est finie. Rien ne va plus ! Au siège du parti LR, rue de Vaugirard, on ne décolère pas contre la Chancelière. Tous les dirigeants de la droite ont été totalement pris au dépourvu par l’attitude d’Angela Merkel. Ils ne s’attendaient pas une seconde à ce qu’elle évoque, notamment, la possibilité d’accueillir dans son pays 800 000 réfugiés.

« Un appel d’air, une pure folie ! » répète-t-on chez Sarkozy. « Pas question de se déterminer par rapport à Merkel », répète-t-on du côté de Le Maire. Résultat, quand on croise ces jours-ci un dirigeant de droite, le discours sur l’Allemagne a totalement changé.

Manuel Valls a appelé la droite à faire preuve de cohérence. Parce qu’il y a encore quelques semaines, le fameux modèle allemand était érigé en horizon indépassable. Berlin, c’était, si j’ose dire, la Mecque de la droite française ! Au moment de la crise grecque, de Sarkozy à Fillon, tous vantaient les performances de l’économie allemande. Sarkozy avait même déboulé à Bruxelles pour moquer Hollande et applaudir Merkel. Et là, tête à queue complet ! Les mêmes dirigeants de droite n’ont pas de mots assez durs pour condamner le cynisme de la Chancelière. A les en croire, il n’est pas question du tout d’humanisme, mais seulement cynisme et d’exploitation des pauvres migrants par la machine économique allemande dont ils louaient l’efficacité hier.

Il y a même des dirigeants qui en appellent à l’Histoire. Certains responsables de droite ont trouvé un nouvel argument pour expliquer l’attitude de Merkel : si la Chancelière, mais aussi les Allemands, se montrent si généreux pour accueillir des réfugiés, c’est parce qu’ils n’en finiraient pas de vouloir expier les horreurs du nazisme. Elégant, non ?

C’est d’abord ignorer l’histoire personnelle de Merkel, elle-même migrante venue de l’Est en quelque sorte, et produit de la réunification. Et c’est méconnaître la nouvelle Allemagne. Depuis dix ans, sous Merkel, elle s’est ouverte au métissage, elle a intégré les populations étrangères, notamment turques, abandonné le droit du sang pour le droit du sol, bref, la droite allemande s’est ouverte aux apports de l’immigration.

Le drame, c’est que durant la même période, sous l’influence du Front national, la droite française a fait le chemin exactement inverse.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.