Quand les hommes politiques s’aventurent sur le terrain de l’Histoire, c’est un terrain glissant.

Par Jean-Baptiste Daoulas.

On l’a vu avec Marine Le Pen niant la responsabilité de la France dans la rafle du Vel' d'Hiv'.

Je vais vous raconter une petite anecdote pour vous montrer à quel point cette prise de position de Marine Le Pen est contre-productive. Hasard du calendrier, je me trouvais hier matin à Montretout, la demeure mythique des Le Pen à Saint-Cloud. J’avais rendez-vous avec Lorrain de Saint-Affrique, le bras de droit de Jean-Marie Le Pen, un des ennemis intimes de la présidente du FN.

La télévision était allumée sur BFM pendant tout notre entretien et Lorrain de Saint-Affrique ne pouvait pas s’empêcher de sourire en lisant le bandeau déroulant en bas de l’écran. Ce qui l’amusait, c’était de lire le florilège de réactions indignées aux propos de Marine Le Pen sur la rafle du Vel d’Hiv. De gauche comme de droite. En particulier cette citation de Benoît Hamon : “On ne peut plus douter que Marine le Pen soit d’extrême droite !” Et voilà le bras droit de Jean-Marie Le Pen de partir dans un grand éclat de rire : “Ça, m’a-t-il dit, que Marine soit d’extrême droite, ça va rassurer mes amis !”

Le problème, c’est que le but de Marine Le Pen dans cette campagne présidentielle, ce n’est pas de donner des gages aux anciens du FN qui la trouvent trop molle, mais plutôt de convaincre les Français que le Front National n’est plus un parti d’extrême droite.

Et la polémique commence à polluer sa campagne. Hier soir, Marine Le Pen organisait une grande conférence de presse pour développer son programme contre le terrorisme. Mais les journalistes ne sont venus que pour la faire parler du Vel d’Hiv.

Et pendant ce temps là, Emmanuel Macron, qui tenait lui aussi une conférence de presse sur le terrorisme, pouvait tranquillement dérouler ses propositions… Emmanuel Macron qui est bien placé pour savoir qu’un homme politique prend des risques en donnant des leçons d’histoires.Vous vous rappelez qu’au mois de février il avait parlé de “crime contre l’humanité” pour qualifier la colonisation en Algérie. Quand on écoutait l’ensemble de citation d’Emmanuel Macron, sa position était plutôt équilibrée. Il expliquait que la colonisation avait eu à la fois “des éléments de civilisation et des éléments de barbarie”. Mais l’Histoire est une matière tellement éruptive qu’il y a des mots qui ne passent pas. Et Macron été immédiatement sanctionné par un trou d’air dans les sondages.

Pourtant, il est toujours tentant de parler d’Histoire quand on est en campagne. Un grand classique, c’est de critiquer les programmes enseignés à l’école. Pendant le débat du second tour de la primaire de la droite et du centre, François Fillon a affirmé que Clovis, Jeanne d’Arc et Voltaire avaient été retirés des manuels scolaires. Vérification faite : c’était complètement faux. Mais c’est toujours efficace.

On remarque aussi que les candidats ont souvent une figure historique à laquelle ils aiment se référer. Il est toujours tentant de revisiter l’Histoire dans le sens qui vous arrange. Comme par hasard, presque tous invoquent le Général de Gaulle. Marine Le Pen met en avant la figure Jeanne d’Arc. Pour Jean-Luc Mélenchon, c’est Robespierre. D’ailleurs, son dernier livre s’appelle De la Vertu. Tout un programme.

Et puis parfois, les références des candidats à l’histoire font sourire. Comme lorsque François Fillon s’est comparé à Vercingétorix vainqueur de César Macron le favori des sondages. Évidemment les mauvaises langues ont rappelé qu’après Gergovie, Vercingétorix avait finir par rendre les armes à Alésia.

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