Le 5 décembre dernier, lors de la précédente mobilisation contre la réforme des retraites, Jean-Luc Mélenchon avait cru discerner un "progrès vers l’humanisme" chez Marine Le Pen. Des propos surprenants.

Jean-Luc Mélenchon pendant la sixième journée de manifestation contre la réforme des retraites, le 10 décembre 2019
Jean-Luc Mélenchon pendant la sixième journée de manifestation contre la réforme des retraites, le 10 décembre 2019 © AFP / Zakaria ABDELKAFI

Alors qu’il défilait à Marseille, ville dont il est député, Jean-Luc Mélenchon, avait déclaré, à la surprise générale, et suite au soutien apporté par Marine Le Pen aux manifestations et à la grève.

D’habitude, Marine Le Pen passe son temps à chercher des pouilles aux arabes et aux musulmans. Elle en train de faire un progrès en direction de l’humanisme, je ne vais quand même pas me plaindre de ça. 

Ces paroles provoquent un tel malaise que l’eurodéputée Insoumise Manon Aubry veut n’y voir que des propos "ironiques". Tandis qu'Adrien Quattenens, député du Nord, proche de Mélenchon contre-attaquait en affirmant que "Macron et Le Pen c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Nous devons éviter que se renouvelle ce faux duel. Jean-Luc Mélenchon est celui qui semble le plus placé pour le faire"

Ce n’est pas la première fois que Jean-Luc Mélenchon tend la main au Rassemblement national ? 

C’est vrai mais jusqu’à présent, c’étaient les électeurs frontistes que Jean-Luc Mélenchon cherchait à convaincre. Ces fameux "fâchés mais pas fachistes". C’était même le but de la création et de la stratégie populiste de la France Insoumise. S’adresser non seulement aux électeurs de gauche mais aussi à tout ce petit peuple, des artisans aux employés, attirés de plus en plus par les arguments de Marine Le Pen. Mais aujourd’hui, il va plus loin puisqu’il semble s’adresser au parti du Rassemblement national en la personne de Marine Le Pen. Si bien que certains y voient un axe "rouge brun".  

Un cap qui est une ligne rouge à gauche ? 

Effectivement. Philippe Martinez, le numéro Un de la CGT, a très vite déclaré que le RN n'était "pas le bienvenu" dans les cortèges. Même rejet chez certains socialistes. "L’extrême-droite restera toujours un ennemi", a fait savoir le sénateur socialiste Patrick Kanner. Enfin, les électeurs du RN, eux-mêmes, ne semblent pas convaincus par Mélenchon. Les dernières Européennes montrent que le transfert de votes du RN vers LFI a été nul alors que Jordan Bardella, tête de liste RN avait rallié 7% des électeurs de JLM. Alors, avec une ligne populiste qui semble échouer vis-à-vis des électeurs et l’isoler de plus en plus des autres forces de gauche, Mélenchon ne mène-t-il pas une stratégie quasi-suicidaire ?

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.