La rumeur courait depuis des semaines, on s’y attendait, et cette fois ça y est, Laurent Fabius a succédé à Jean-Louis Debré à la présidence du Conseil Constitutionnel. Au regard de l’histoire des socialistes depuis plus de trente ans, ce n’est pas un événement anodin.

Laurent Fabius quitte le ministère des Affaires étrangères
Laurent Fabius quitte le ministère des Affaires étrangères © Archives MaxPPP

D'abord parce qu’à 69 ans, Fabius, ex-plus jeune premier ministre de France il y a déjà 32 ans, a bien mérité de la République, et de la gauche. Ensuite parce qu’il accomplit l’ambition de toute sa vie. Il en rêvait depuis tout petit, il était programmé pour cela, et le voilà donc enfin Président ! Pas de la République mais du Conseil Constitutionnel, c’est déjà ça… Enfin et surtout parce que Laurent Fabius va retrouver rue Montpensier son meilleur ennemi qui, lui, n’a jamais réussi non plus à devenir Président, un certain Lionel Jospin…

Et Lionel Jospin n’a pas tenté de dissuader François Hollande de nommer son rival historique .Il avait fait savoir à Hollande il y a déjà quatre mois, qu’il n’était pas candidat au poste . A 78 ans, il se jugeait un peu trop âgé. Surtout, il n’a plus que trois ans à siéger au Conseil. Et dans trois ans, Hollande n’est pas vraiment sûr d’être encore à l’Elysée pour désigner un nouveau Président… Mieux valait donc en choisir un qui reste en place pour les neuf années qui viennent…

Les deux héritiers de François Mitterrand ont donc enterré la hache de guerre ?

Oui, Eric, cela fait maintenant quelques années que Lionel Jospin a « jeté la rancune à la rivière », comme disait Giscard à propos de sa rivalité avec Chirac. « Ce jour-là la rivière devait être à sec », avait rigolé Chirac en observant la haine inexpiable que Giscard n’a cessé de lui porter. Ce n’est pas le cas des frères ennemis du socialisme, Lionel et Laurent. Pourtant ça n’a pas été simple. Pierre Moscovici, protégé de Jospin dont il fut le ministre des Affaires européennes, en raconte une bien bonne qui résume tout : « Pendant des années, dit-il, quand j’entrais dans son bureau, Jospin tressaillait. Il avait un mouvement de recul parce qu’il me prenait pour Fabius ». Même silhouette élancée, même tonsure dégarnie, il y avait de quoi avoir peur en effet. Un autre ex-ministre, proche lui de Laurent Fabius, me rappelait récemment une anecdote qui résume l’ampleur de la haine mutuelle des deux hommes. Elle remonte au congrès du PS de Rennes, en 1990, au plus fort de leur duel. Au cours d’une énième réunion de crise ultra-tendue, Fabius finit par se tourner vers Jospin pour calmer le jeu. Il lui dit : « Ecoute Lionel soyons raisonnable, essayons de nous entendre. Nous devons apprendre à nous supporter pendant encore au moins 30 ans… » Et vous savez ce que lui a répondu Jospin ? « Pas sûr, on ne sait jamais, un accident de voiture est vite arrivé… » C’est à ce genre d’histoires qu’on mesure à quel point, en réunissant Fabius et Jospin, Hollande est bien un as de la synthèse !

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.