On reparle beaucoup ces temps-ci de luttes d’influence entre russes et américains, mais c’est aussi une réalité en France.

François Fillon le soir du second tour de la primaire de la droite
François Fillon le soir du second tour de la primaire de la droite © Getty / Antoine Gyori - Corbis

Par Sophie de Ravinel.

C’est difficile à mesurer dans les détails, à vérifier concrètement, mais les acteurs de la campagne le constatent au quotidien. Prenez François Fillon. Ce qui se passe autour de lui est très intéressant. Les Américains, comme tout le monde, ont plutôt misé sur Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy à la primaire. Alors vous imaginez leur surprise quand François Fillon est sorti du chapeau de la primaire ! Une mauvaise surprise d’ailleurs puisqu’il est clairement attaché à la Russie de Vladimir Poutine. Les Américains ne savent pas bien si ce lien est culturel et personnel, ou plus tactique, nous non plus d’ailleurs. Mais du coup, ils s’inquiètent et se mettent à bourdonner autour de lui.

Plusieurs sujets sont sur la table. L’Ukraine bien sûr, mais aussi la Crimée puisque François Fillon a dit son souhait d’une levée des sanctions liées à l’annexion. La Syrie aussi, sachant que François Fillon n’est pas franchement sur la position pro-américaine de François Hollande. Là-bas, il y a des enjeux de vente d’arme mais aussi de reconstruction du pays. C’est colossal et là, c’est la Russie qui a la main. Il y a aussi le sujet de l’Otan en Europe. François Fillon sera-t-il plus critique que Nicolas Sarkozy pour regagner une position stratégique gaullienne en matière de Défense ? On ne peut que le supposer. Mais c’est un risque pour certains à Washington même si l’élection de Doland Trump, plutôt pro Russe, rebat aussi les cartes là-bas.

Je discutais l’autre jour avec un officier supérieur proche de François Fillon. Il m’a dit : « C’est fascinant, les Américains, on dirait une bande d’indien qui tourne autour d’un camp de cow-boys… » Alors évidemment, les choses ne se font pas au grand jour. Des conseillers politiques qui ont été formés aux Etats-Unis tentent d’intégrer son équipe de campagne. Ils font partie du réseau des Young Leaders par exemple, une émanation de la French American fondation. Là, pas besoin de beaucoup les pousser pour défendre la position des Etats-Unis, et son industrie de l’armement sans vouloir caricaturer. Il y a aussi l’action directe des diplomates et celle des fonctionnaires du Quai d’Orsay aux réseaux atlantistes confirmés. Il y a encore, comme vous l’imaginez, beaucoup d’acteurs d’influence qui ont pignon sur rue à l’Elysée ou au Quai d’Orsay et d’autres aux pas plus feutrés.

Pour l’instant, ces manœuvres semblent se heurter, figurez-vous, à la placidité légendaire du candidat. Ce trait de caractère est une force de résistance incroyable ! Mais à en croire un de ses proches, cette placidité ne vient pas de ses convictions géostratégiques affirmées mais bien de son manque de préparation sur ces dossiers.

Pour l’instant, ces manœuvres semblent se heurter, figurez-vous, à la placidité légendaire du candidat. Ce trait de caractère est une force de résistance incroyable ! Mais à en croire un de ses proches, cette placidité ne vient pas de ses convictions géostratégiques affirmées mais bien de son manque de préparation sur ces dossiers. Voici ce que l’on me dit : « Vous n’imaginez pas le désordre autour de lui sur ces questions. Il n’est pas au point, il n’est pas prêt… » De quoi en faire une proie encore plus appétissante pour les réseaux d’influence !

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