Par Solenn de Royer

Manuel Valls est menacé par une motion de censure, après avoir brandi le 49-3 pour faire passer sa loi El Khomri.L’ambiance a été tendue hier à l’Assemblée nationale, les socialistes sont au bord de la crise de nerf : on a rarement vu ça ! C’est un véritable psychodrame qui s’est joué et c’est loin d’être fini !

Prenons par exemple la réunion des députés PS, hier matin à l’Assemblée. Ambiance exécrable ! D’habitude, ce sont les frondeurs qui font le plus de bruit. Mais alors cette fois, ils n’ont pas pu en placer une. Leur chef de file, Christian Paul, a bien essayé d’expliquer pourquoi il ne voulait pas de cette loi sur le Travail, trop sociale-libérale à son goût… Eh bien, pas moyen ! Il s’est fait vilipender par tous ces députés qui en ont assez de voir la gauche se tirer une balle dans le pied.

Il y a un député, François Loncle, qui a carrément coupé la parole au député de la Nièvre : «Tu es dans la circonscription de Mitterrand ! Ton comportement est inadmissible ! »

Pour résumer, hier, c’était : la fronde contre les frondeurs !Et le fossé se creuse au sein du PS. Aujourd’hui, il y a clairement deux lignes, deux politiques, deux manières de concevoir la gauche. Et ces deux camps n’ont plus rien en commun, plus rien à se dire ! « Même humainement, ça a dégénéré» , m’a confié un député PS.

Par exemple, il y a deux hommes qui ne peuvent même plus s’approcher physiquement l’un de l’autre, c’est le frondeur Christian Paul et le ministre Jean-Marie Le Guen, proche de Manuel Valls. « Entre eux, c’est la haine ! », me disait un socialiste. Le député PS Gilles Savary résume assez bien la situation : « Le PS va exploser. La seule question, c’est quand… »

Comment en sont-ils arrivés au débat sur le 49-3 ? Dès le départ, cette loi El Khomri a été mal ficelée, mal expliquée. Mais ce n’est pas tout. Pour bien comprendre l’histoire de ce fiasco politique, il faut avoir en tête la rivalité entre Manuel Valls et Emmanuel Macron. Tout est parti de là ! Valls ne voulait pas se faire chiper le mistigri de la réforme. Il a donc œuvré pour enterrer la deuxième loi que devait présenter le ministre de l’Economie.

Du coup, plusieurs mesures explosives qui devaient figurer dans cette loi « Macron 2 », eh bien elles ont été ajoutées à la va vite dans la loi El Khomri. Ce qui a déséquilibré le texte.

Macron a été furieux de se faire ainsi déposséder. Quant à Valls, il était très content de lui ! « Tu vois, a-t-il dit à Macron en lui tapotant sur l’épaule, je n’ai pas besoin de toi pour réformer la France…» Certes. Mais il a eu besoin du 49-3 !

Manuel Valls, Myriam El Khomri, Jean-Marie Le Guen
Manuel Valls, Myriam El Khomri, Jean-Marie Le Guen © MaxPPP / Benjamin Girette

Et François Hollande dans tout ça, à un an de la présidentielle, il est dans la pire des situations. Il reste le président le plus impopulaire de la Vème République. Et les frondeurs veulent sa peau. Maigre consolation pour Hollande : ses amis lui ont trouvé un nouveau surnom. Depuis peu, les rares socialistes qui veulent y croire encore appellent le président… Aimé Jacquet ! Vous savez, l’ex entraineur des Bleus au Mondial de 98. Jacquet a été moqué, décrié, conspué. Et puis un jour, son équipe a gagné. On peut toujours rêver…

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