A quinze jours des élections départementales, le Premier ministre se met en quatre pour essayer de sauver son PS d’une nouvelle déroute. En fait-il trop ?

On peut se demander s’il a eu raison de dramatiser à ce point le combat contre le FN. Il est vrai que c’est un moyen facile d’être populaire chez les électeurs de gauche. Mais c’est un choix à haut risque qui met le FN au centre du jeu et qui ne fait que souligner l’impuissance du chef de la majorité à juguler sa progression : car les sondages continuent de montrer le décrochage de la gauche et la hausse du parti de Marine Le Pen. Pris dans cette surenchère, Valls a aussi fait une erreur tactique dimanche en avouant qu’il était « angoissé par le FN ». Une telle déclaration est une erreur de la part de quelqu’un qui a toujours voulu se sculpter un profil de chevalier de la République, sans peur et sans reproche, incarnation du socialisme viril façon Jules Moch.

N’est-ce pas son rôle que d’essayer de rassembler la majorité?

Bien sûr qu’il doit ranimer la flamme du combat politique dans son camp. Contrairement à Jean-Marc Ayrault qui n’avait pas voulu nationaliser l’enjeu avant les municipales, Valls veut qu’on le voie sabre au clair. [Qu’on voie qu’il] Il n’aura pas fui ses responsabilités et qu’il aura tout fait pour sauver une élection perdue d’avance. Il est de toute façon convaincu, et même absolument certain, que François Hollande ne lui demandera pas de partir.

Il pense qu’il va rester, même en cas de Bérézina et si le PS perd plus que les 20 départements annoncés.

Et ce, pour trois raisons au moins.

Tout d’abord, Hollande n’a pas d’autre option dans son jeu.

Deuxièmement, il a annoncé une stratégie sociale libérale, et il n’a pas d’autre possibilité que de s’y tenir coûte que coûte pour le moment.

Enfin, il doit attendre le résultat des élections régionales à la fin de l’année. Si elles sont, elles aussi, un échec cuisant, Hollande aura éventuellement la possibilité de changer la donne politique une dernière fois.

Manuel Valls
Manuel Valls © REUTERS/Georges Gobet/Pool / REUTERS/Georges Gobet/Pool

En attendant, Valls s’est fait le champion d’une ligne qui peut entraîner la cassure du PS.

C’est une autre fragilité de Valls. L’utilisation du 49.3 pour imposer le passage du texte de la loi Macron a montré que l’esprit du 11 janvier n’avait pas assagi la gauche du parti. La ligne du Premier ministre a produit sur le terrain une cassure définitive avec les élus locaux issus du Front de gauche et une grande partie des élus Verts – il y a quand même 900 alliances entre les Verts et le Front de gauche et seulement 400 entre les Verts et le PS.

Au lendemain du deuxième tour, le 29 mars prochain, Valls saura qu’il devra alors engager la bataille du congrès de Poitiers dans un contexte d’autant plus dur que l’échec des départementales aura privé le Parti socialiste de bataillons entiers d’élus de terrain. C’est là, sans doute, qu’il devra en faire encore plus, pour sauver un parti plus fragile qu’il ne l’a jamais été.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.