Jean-Luc Mélenchon a participé hier à la manifestation contre l’islamophobie qui s’est tenue à Paris : un virage déterminant dans sa trajectoire politique.

Jean-Luc Mélenchon durant la Marche contre l'islamophobie
Jean-Luc Mélenchon durant la Marche contre l'islamophobie © AFP / Michel Stoupak / NurPhoto

En défilant dans les rues bruineuses de Paris, hier, Jean-Luc Mélenchon a fait un choix. Un choix très clair. Celui de participer à une manifestation contre l’islamophobie, terme polysémique et controversé que le chef des Insoumis n’utilise pas d’ordinaire et qui peut renvoyer à la haine des musulmans mais aussi, et c’est tout le problème, à la critique de la religion musulmane. Une manifestation à l’appel entre autres du CCIF, collectif contre l’islamophobie en France justement, qui cultive des liens avec les Frères musulmans. Entre Gare du Nord et Nation, on a entendu l’un des organisateurs de cet événement, Marwan Muhammad lancer des "allahou Akbar" (Dieu est grand) repris par une partie de la foule.   

Jean-Luc Mélenchon a répondu qu’il s’agissait d’une marche contre l’ambiance de haine et de stigmatisation à l’égard des musulmans, notamment après l’attentat de Bayonne. Sans doute n’a-t-on pas assez dénoncé cet acte odieux commis par un ex militant du Rassemblement national. Mais pourquoi Jean-Luc Mélenchon n’a-t-il pas proposé sa propre marche ? Pourquoi, lui, qui connaît si bien le poids des mots, a-t-il signé un appel à manifester ambigu, qui dénonce « des lois liberticides » ? Il n’en a pas retiré sa signature quand ses rédacteurs ont précisé qu’il s’agissait en l’occurrence des lois de 2004 sur les signes religieux à l’école et de celle de 2010, sur l’interdiction de la Burqa. Même moribond, le PS a immédiatement flairé le piège. 

Jean-Luc Mélenchon qui sait parfois être l’un des gardiens les plus vigilants de la République, devrait relire son programme de 2017, intitulé l’Avenir en commun. Il y figure l’impératif de combattre tous les communautarismes ainsi que l’usage politique des religions. Que dit cette séquence de l’état politique de Jean-Luc Mélenchon ? Qu’il est dans un état de grande faiblesse. Son image est dégradée après la perquisition mouvementée au siège de La France insoumise. 

Son capital politique s’est érodé après la claque des Européennes, 6 % pour la liste de Manon Aubry. Les municipales ne s’annoncent guère glorieuses. Certaines figures ont déserté le parti. Celles qui restent sont souvent des députés de banlieue parisienne, ce qui influe sur certains de ses choix. 

Hier, on a en tout cas compté deux absents de taille dans les rangs de la manifestation. Ce n’est pas anodin : il s’agit d’Adrien Quatennens et François Ruffin, deux hommes qui pourraient un jour, peut-être pas si lointain, incarner la relève.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.