Pourquoi Manuel Valls a-t-il fâché le Front National ? Manuel Valls a dit qu'ils étaient, je cite : « aux portes du pouvoir. » Je vous épargne le son parce que le Premier ministre parlait en Italien, c’était à Bologne, dimanche dernier. En disant ça, il a frappé fort, c’est vrai. À gauche, on lui reproche à voix basse de dramatiser, voire de caricaturer. Au FN par contre, ils avaient de quoi être satisfaits : être au pouvoir, c’est leur objectif, finalement. Et bien pas du tout, ils étaient furieux.

À cette déclaration, Louis Aliot, le vice-président du FN a rétorqué sur Twitter : « c’est totalement irresponsable et indigne d’un dirigeant français. » Un autre vice-président du FN, Florian Philippot, a répondu : « L’extrême nullité est-elle déjà en plein au cœur du pouvoir, M. Valls. »

Le cortège FNJ au sein défilé du FN, le 1er mai 2012 à Paris
Le cortège FNJ au sein défilé du FN, le 1er mai 2012 à Paris © / http://bit.ly/1xyJ32O

Valls a bien choisi ses mots : il a dit « l'extrême-droite » est aux portes du pouvoir . Il n’a pas dit « le FN », et encore moins le « rassemblement bleu Marine », vous savez, la version édulcorée du FN de Jean-Marie Le Pen. Et ça, c’est vraiment ce que Marine Le Pen ne peut pas supporter.

D’ailleurs, elle a prévenu il y a un moment déjà. Ecoutez-la sur RTL en octobre 2013 :

Manuel Valls il n’est pas journaliste, c’est peut-être ce qui va le sauver d’une poursuite en justice !

Plus sérieusement, il a raison de parler ainsi, il a raison d’employer cette expression. Il faut rappeler ce qu’est le FN. Au lieu de passer son temps à s’autodétruire et laisser Marine Le Pen engranger sans rien avoir à dire, la gauche devrait rappeler à son électorat en colère ce qu’est toujours le parti de Marine Le Pen. C’est très simple de prouver que rien n’a changé.

Il suffit d’aller faire un tour sur le site du FN. Un projet qui dit ce qu’il se passera si le FN accède au pouvoir. Qui dit que les vieux thèmes du FN sont toujours les thèmes du FN. Ce qu’ils veulent, c’est reprendre le contrôle des frontières, rompre avec l’Europe, abandonner l’euro, avec des conséquences économiques imprévisibles.

Aucun détail n’est oublié, ils précisent que le « drapeau de l’Union européenne » ne sera plus autorisé sur les bâtiments publics de France.

Pour les emplois, les aides sociales, le logement, Marine Le Pen veut toujours favoriser les Français sur les étrangers, même ceux qui vivent ici en toute légalité. C’est la priorité nationale.

Quant à ceux qui veulent venir, ce ne sera tout simplement plus possible. Plus d’immigration légale, plus de regroupement familial, plus de droit du sol, plus de régularisation de clandestins, à aucun motif que ce soit.

Je m’arrête là, ce n’est pas exhaustif, le programme fait 106 pages. Et puis, il faut aussi regarder du côté des pratiques du FN. Marine Le Pen dit qu'elle respecte l'intégralité des règles républicaines. Mais ça ne la dérange pas de bafouer la liberté de la presse en virant ce week-end des universités d’été du FN une journaliste de Mediapart qui avait un peu trop enquêtée sur son parti. Un peu extrême vous ne trouvez pas ?

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