Où sont passé les artistes dans cette campagne ? Finis les comités de soutiens : les candidats à la présidentielle ne font plus appel aux artistes.

Par Marcelo Wesfreid

On se souvient de Doc Gynéco pour Sarkozy, de Cali pour Ségolène Royal ou de Yannick Noah qui chantait à la Bastille, il y a cinq ans, pour François Hollande. Je me souviens même d’un dîner entre Johnny Hallyday et le candidat Hollande…

Mais en 2017 ? Rien. C’est un cru où on aura eu des hologrammes, des débats télés, des affaires en pagaille : mais pas un bon vieux comité de soutien à l’ancienne. Pas de concerts. Non, les artistes n’ont plus la côte. Les candidats ne veulent plus s’afficher avec eux. Il y a un divorce. La raison ? Ce qui s’est passé est que les artistes sont vus, aujourd’hui, comme des people, des représentants de cette élite, de ce système que tout le monde pilonne…

Un macronien m’a dit : « C’est devenu contre-productif de mettre en avant des chanteurs, de les instrumentaliser. » Résultat : il n’y en aura pas d’artistes sur scène pour le grand meeting Parisien de Macron, le lundi de Pâques, pas plus que dans quasiment tous les meetings de cette campagne.

Et les artistes ne se battent pas non plus pour monter sur les estrades. Certains ont été marqués par leur engagement et ont vu leur carrière s’arrêter, comme Faudel en 2007 qui avait soutenu Nicolas Sarkozy.

Mais surtout, la gauche – leur famille politique de prédilection - ne les a pas vraiment fait vibrer pendant cinq ans. Avec des ministres gestionnaires, plus que flamboyants.

Même les plus engagés ont pris leurs distances. Regardez Catherine Deneuve. Elle avait signé avec quelques people une tribune dans le JDD en novembre pour appeler à stopper le Hollande bashing.

Figurez-vous qu’on l’a croisé en Indonésie, fin mars, lors du dernier grand voyage de François Hollande, avec quelques journalistes. Elle était l’invitée d’honneur d’un événement sur le cinéma en présence du chef de l’Etat Français. On lui a demandé à la fin si elle était toujours une fidèle du Président. Elle nous a rembarrés, pas très aimable : « Oh, c’est plus compliqué que ça ». Et puis, elle s’est éclipsée. C’était comme si elle n’assumait plus…

Pourtant la société civile est à l’honneur dans cette campagne, c’est tout le paradoxe. Benoît Hamon met en avant ses économistes comme Thomas Piketty. Emmanuel Macron recrute, pour les législatives, l’ancien patron du Raid. Marine le Pen lance le comédien Franck Delapersonne. Mélenchon met en vedette des lanceurs d’alerte. Mais pas d’artistes. Le seul qu’on aura entendu, c’est Renaud. Un coup, il vote Fillon. Maintenant, il vote Macron... lui qui chantait Mitterrand, autrefois. Les artistes ont perdu le nord.

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