François Hollande, samedi à Paris, quelques heures avant son départ pour le Caucase
François Hollande, samedi à Paris, quelques heures avant son départ pour le Caucase © EPA/MaxPPP

Tous les politiques ont leurs petits mots. Une terminologie bien à eux . Vous vous souvenez de la fracture sociale de Jacques Chirac. De la vie chère de Ségolène Royal. Ou encore de la rupture de Nicolas Sarkozy. Evidemment, les politiques ne les choisissent pas au hasard. L'idée, pour eux, est de trouver une expression nouvelle, une façon bien à eux dire les choses et qu'ils martèlent à tout va.

L'objectif est simple : c'est de donner un nom à un problème ou à un projet auquel ils vont être associés dans la tête des Français. En fait, ces petits mots, c'est leur marque.

La particularité des mots utilisés par le Président Hollande, c'est qu'il est un peu le seul à les comprendre. Sa façon de parler de l'économie du pays est parfois un peu désincarnée. Comme lorsqu'au début de son mandat, on apprend qu'il y a plus de trois millions de chômeurs en France. Hollande réagit :

C'est comme si la vérité était un peu dure à dire. Du coup, il passe par des formules alambiquées.

Un autre exemple ? Le « redressement », cuisiné à toutes les sauces depuis le début du quinquennat : économique, productif, dans la justice. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Plutôt que de dire « baisser le chômage », Hollande préfère parler de « l'inversion de la courbe ». Pour « réduire » la dette, il dit « rétablir les comptes publics ». Sa dernière trouvaille, c'est le « retournement économique » dont il a annoncé l'arrivée imminente, la semaine dernière.

J'ai regardé dans le Robert : le retournement c'est un changement brusque et complet d'attitude. Cela veut dire que la situation économique va être subitement bouleversée. En un claquement de doigt, par le pouvoir de la politique et des mots, le chômage serait résorbé. C'est quasiment de la magie. Hollande se pose en Majax de l'économie. Et il fait des émules, crée une mode sémantique. Comme Louis XIV avait popularisé la perruque ou les chaussures à talon rouge, Hollande a mis au goût du jour le retournement dans la bouche des politiques qui l'utilisent comme si le concept avait toujours existé.

Ces formules tarabiscotées lui font vraiment du tort, parce qu'on n'y comprend plus rien . La parole du Président perd de son sens. Certains de ses proches l'ont carrément alerté sur son vocabulaire trop technocratique et déconnecté de la réalité. Mais c'est dur de se refaire. Le Président est un énarque, économiste de formation qui a fait une partie de ses études à HEC.

Alors, même s'il veut être proche des Français, il ne sait pas parler comme eux. Du coup, malgré ses efforts, la communication est compliquée. Résultat : 18% dans les sondages. Cette tendance là, le Président n'arrive ni à la redresser, ni à la retourner. Malgré ce vocabulaire aux connotations disons... suggestives, et que Freud prendrait un malin plaisir à analyser, le Président ne parvient plus à séduire les Français.

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