Le principal commentateur de l’action de François Hollande, c’est François Hollande lui-même.

C’est à se demander s’il ne fait pas tout pour nous mettre au chômage technique. Il joue à l’analyste politique de lui-même. Depuis son élection, François Hollande a accepté une multitude d’interviews de journalistes, d’auteurs de livres et de documentaires. Il y a fort à parier qu'il va bientôt se livrer aux commentaires de sa propre rencontre avec Fidel Castro. Dans l’émission de Canal+ Le Supplément à laquelle le chef de l’Etat a participé le 19 avril dernier, les journalistes ont demandé à Ségolène Royal ce qui avait changé chez son ex-compagnon.

Ecoutez-sa réponse ou plutôt sa pirouette :

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Le cinq sept 2013 - S 1/2 Politique

Elle le connaît bien, en effet, et François Hollande ne se fait pas prier pour dire ce qu'il pense de lui-même :

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Le cinq sept 2013 - S 2/2 Politique

Voilà donc le Président au choix auto ou égo commentateur. Et c’est assez nouveau sous la Ve République.

C’est même un genre inédit. Par rapport à François Mitterrand en premier lieu. Son modèle, mais qui en la matière, était bien différent. Le premier président socialiste a laissé les historiens ou certains de ses anciens conseillers disséquer son action pour la léguer à la postérité. François Mitterrand est demeuré un président en majesté, pas peu fier d’avoir ses propres mémorialistes, ses Saint-Simon. Le duc de Saint-Simon qui avait raconté par le menu la vie à la cour sous Louis XIV.

François Hollande
François Hollande © REUTERS/Philippe Wojazer / REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy aussi a eu sa propre manière de parler de lui . Avec Nicolas Sarkozy, on a inauguré le président qui dit tout, tout haut, et pense très peu tout bas. Il n’a que très rarement participé à des émissions portant sur sa personne ou à des livres sur son quinquennat. Son action servait de narration. Il a mis en scène son pouvoir : qu’importait les résultats ou l’absence de résultats, il s’agissait d’apparaitre en permanence en homme énergique, fonceur, briseur de tabous.

Donc Mitterrand s’est laissé raconter. Sarkozy se racontait lui-même sans filtre. Quant à François Hollande, il se commente. Pour l’une de ses ministres, il faut y voir le regret de ne pas avoir été journaliste. C’est une hypothèse possible.

Ce n’est en tout cas pas de l’introspection. C’est au contraire une manière de mettre de la distance entre lui et son action. C’est aussi et peut-être surtout une parade à un manque : l’absence d’un fil rouge de son quinquennat. Hollande n’a pas réussi à ce stade à dérouler un récit et à répondre à cette question : quelle trace laissera-t-il ? Se poser comme objet de son propre commentaire, c’est une mise en abyme intéressante mais c’est aussi un évitement, une manière de prendre une tangente et au final, le risque de tomber dans un vain bavardage.

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