Le président fait feu de tout bois pour se poser en homme au-dessus de la mêlée et préparer l’esprit d’un gouvernement d’union nationale.

Emmanuel Macron devant la statue du général Charles de Gaulle lors des cérémonies du 8 mai 2020, marquant le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale
Emmanuel Macron devant la statue du général Charles de Gaulle lors des cérémonies du 8 mai 2020, marquant le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale © AFP / François Mori

Hier, l’Elysée a publié un agenda du chef de l’Etat. Un agenda riquiqui. Avec quasiment aucun rendez-vous. Sauf un déplacement, ce dimanche, qui du coup a attiré mon attention. 

Le président se rend dans l’Aisne. Plus précisément à Montcornet. Alors, j’ai regardé dans wikipédia. C’est là que le 17 mai 1940, donc il y a 80 ans, de Gaulle, qui était alors colonel, a déclenché une bataille de chars. 

85 blindés lancés contre les positions allemandes. Sans aucun appui aérien. C’est l’une des rares contre offensives de la bataille de France. Bon, sans effet majeur… 100 morts côté allemand et 14 côté français. Mais nos chars terminent pulvérisés par l’aviation allemande. Du coup, l’armée française se replie… 

Emmanuel Macron va donc célébrer une défaite ?

Sur le plan militaire, oui. Mais pas sur le plan politique. Car c’est ce jour-là que Charles de Gaulle se serait juré d’aller jusqu’au bout de cette guerre. C’est ce qu’il a raconté plus tard dans ses mémoires. C’est à Montcornet qu’il se dit : la France ne doit pas se rendre.

Voilà ce qu’Emmanuel Macron va commémorer. La France qui ne se rend pas, qui croit en elle… Vous voyez où Emmanuel Macron veut en venir ? Grâce à un vrai chef de guerre, la France a les armes pour se redresser… Suivez son regard. 

Vous noterez que l’ode à de Gaulle permet aussi à Macron de se repositionner politiquement. C’est une manière de faire monter le thème de la souveraineté nationale. Et celui de l’unité du pays. En mode Conseil national de la résistance, où la droite et les communistes travaillaient ensemble. 

Les commémorations, c’est bien pratique en politique…

Oui et l’année 2020 offrira d’autres moments De Gaulle. On va célébrer les 80 ans de l’appel du 18 juin. Il y aura une remise de la légion d’honneur à la ville de Londres. On fêtera aussi les 130 ans de la naissance du général. Les 50 ans de sa mort. 

Ajoutez à cela qu’Emmanuel Macron parsème désormais ses discours de références à François Mitterrand, notamment la France unie, et vous avez une sorte de « en même temps mémoriel » qui en dit long… 

Emmanuel Macron ne vient d’aucun grand courant politique. Ni du socialisme, même s’il a été ministre de François Hollande, ni du libéralisme. Il a bien tenté d’inventer le macronisme, mais ca n’a pris. Alors, il cherche sa place dans une tradition. En attendant d’avoir, un jour, sa propre bataille de Montcornet. 

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Figaro, en charge du suivi de l'exécutif.
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