Pierre Moscovici, le commissaire européen aux questions économiques, estime « que l’effort de la France n’est pas suffisant » pour réduire les déficits. Le problème, c’est qu’il est difficile de le prendre au sérieux.

pierre moscovici candidat à un poste de commissaire européen
pierre moscovici candidat à un poste de commissaire européen © reuters

Pierre Moscovici a été ministre de l’Economie de la France pendant deux ans. Ca n’a échappé à personne. Quand il a été nommé commissaire européen, avec l’appui de François Hollande, on se doutait qu’il devrait se livrer à un exercice assez improbable. Eh bien ça y est, on le voit à l’œuvre et ça relève effectivement de l’acrobatie plutôt dangereuse. Ce que dit Pierre Moscovici c’est que « les réformes en France sont insuffisantes » pour réduire les déficits. Que maintenant que Bruxelles a encore accordé un délai à la France pour respecter ses engagements, il faut « que le gouvernement dise quelles réformes il va prendre, dans quel délai, sous quelles formes. » Franchement, on se pince un peu…

Ce que dit Piere Moscovici n’est pas nouveau : Bruxelles appelle depuis longtemps la France à respecter ses engagements. Le problème n’est pas le propos, mais celui qui le tient, et ça a son importance quand on veut être crédible. S’il y en a bien un qui a entendu ce type de recommandations de la part de Bruxelles, c’est lui, Pierre Moscovici qui, lorsqu’il était à Bercy, n’a pas fait rentrer la France dans les clous. Et maintenant, voilà qu’il dit qu’il faut que « des économies supplémentaires soient faites et rapidement ». D’accord, mais qu’il dise où, lui qui connaît si bien la situation du pays !

Certes, ce n’est plus à lui de répondre, mais le problème, c’est il n’y a pas répondu non plus lorsqu’il était à Bercy puisque la France est toujours dans cette situation. Il dit aussi : « Il faut mettre en place une stratégie de désendettement pour retrouver des marges de manœuvres, tant pour les services publics que pour la croissance. »

Là, on l’impression d’une amnésie, encore plus que d’un cas de schizophrénie, comme les réseaux sociaux ont largement raillé hier. Parce que s’il veut une réponse à cette injonction, Pierre Moscovici n’a qu’un simple effort de mémoire à faire pour se souvenir ce que lui-même répondait à Bruxelles en 2013 : « Il n'y aura pas de surajustement structurel, pas de plan d'austérité, pas d'objectif impérieux de satisfaire à un chiffre (…) Nous sommes en train d'inventer un nouveau chemin entre réduction des déficits et croissance, cela nous donne le temps de mettre nos réformes à l'œuvre… »

Finalement, la meilleure explication, et peut-être la pire aussi, c’est le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui l’a livré au micro de France Inter hier matin :

« Il est dans son rôle », c’est ce qu’a dit Jean-Christophe Cambadélis et tout est dit, mais si la politique devient un jeu de rôles interchangeables, où les discours d’hier n’ont plus du tout de valeur aujourd’hui, à situation identique, il ne faut pas s’étonner de la méfiance des électeurs qui ne voient pas bien pourquoi ils iraient voter.

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