Ce soir, le président de la République va une nouvelle fois prendre la parole, un peu après 20 heures. Selon Soazig Quemener, cette crise sanitaire remet en cause tous les fondamentaux du macronisme.

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © AFP / GONZALO FUENTES / POOL

A commencer par ce que l’on présentait il y a encore un mois comme la mère des réformes. Celle des retraites qui, souvenez-vous, avait engendré une grève historique des transports et sur laquelle le gouvernement ne voulait rien lâcher. 

Mais depuis l’épidémie et ses drames, tout a changé. Et hier, dans le JDD, Gilles Legendre, le patron des députés LREM a planté un clou dans le cercueil de ce texte phare : "Si elle empêche le pacte républicain de se conclure, la réforme des retraites devra être mise de côté".

Avant lui, Cendra Motin, députée LREM et rapporteure d’un des volets de la réforme avait confié son inquiétude, expliquant que la réforme ne pourrait de toute manière plus être mise en œuvre avant 2022, année de la prochaine élection présidentielle. 

Et ce n’est pas la seule fondation du macronisme sur le point de s’écrouler

Toute la spécificité de la période est qu’elle prend Emmanuel Macron à revers sur l’ensemble de sa doctrine. Il prônait l’émancipation individuelle et glorifiait les premiers de cordées, voilà qu’il n’est plus question que des soignants, des caissières, des postiers, les premiers de corvées, comme on les nomme parfois.

Pendant ce temps-là, toute la France accepte de se confiner, solidaire avec les plus fragiles. Le président défendait un renouveau européen. Au début de la crise, les égoïsmes nationaux ont tout emporté avant une timide prise de conscience de l’UE, menacée de dislocation. 

Je ne parle même pas de la maîtrise des dépenses publiques, aujourd’hui bien entendu abandonnée, tout comme l’espoir d’une baisse durable du chômage. 

L’acte II du quinquennat devait aussi porter la question régalienne. Le demi-confinement instauré et les consignes peu claires énoncées par le gouvernement, avec encore un revirement sur la question des ouvertures de marchés hier, donne l’impression que la main d’Emmanuel Macron ne cesse de trembler. 

Est-ce que le macronisme peut se réinventer ? 

Cela va être compliqué. Je vous rappelle que le chef de l’Etat avait déjà promis après la crise des "gilets jaunes" que nous ne reprendrions pas le "cours de nos vies". 

Au départ, le macronisme était pensé comme une réponse rapide aux manquements des quinquennats passés. Il ne contenait pas d’éléments de projection à long terme, vers la crise climatique par exemple. Et il montre aujourd’hui à quel point son logiciel est incompatible avec une crise sanitaire qui s’annonce très longue. 

Comme si, dans le macronisme, brûlaient non pas les premiers feux du monde d’après, mais plutôt les dernières lueurs du monde d’avant…

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