(Par Solenn de Royer)

Pour les vingt ans de la mort de François Mitterrand, François Hollande avait convié ses fidèles à dîner à l’Élysée. C’était vendredi dernier. Une immense table avait été dressée dans la salle des fêtes de l’Élysée : 51 couverts, vaisselle de Sèvres, cristal de Baccarat. Un menu du Sud-Ouest, évidemment, en clin d’œil àLatche : foie gras, volaille landaise. Et surtout, tous les cercles de la Mitterrandie : les vieux grognards, Jack Lang, Roland Dumas, Robert Badinter, Louis Mermaz ; d'anciens conseillers de Mitterrand ; et même, ses anciennes secrétaires.

Il y avait aussi Louis Mexandeau , ancien ministre desPTT. En regardant toutes ces têtes blanches, autour de la table, Mexandeau m’a confié qu’il avait pensé à ce mot d’esprit de Tristan Bernard, un auteur du 19e siècle : «On a beau dire, on a beau faire, il y a de moins en moins de gens qui ont connu Napoléon ». C’est pareil pour Mitterrand.

À chaque fois que ces fidèles de Mitterrand reviennent à l’Elysée, c’est toujours un moment fort. L’ancienne secrétaire de Mitterrand, Paulette, est revenue quatre fois depuis 1995. Elle est toujours aussi émue quand un huissier la reconnaît. Ce qui veut dire qu’il y a des huissiers à l’Élysée qui sont toujours au même poste depuis plus de vingt ans !

Évidemment, cette réunion d’anciens a fait rejaillir de vieux souvenirs. Pendant le dîner, par exemple, Roland Dumas a demandé à François Hollande ce qu’étaient devenus les appartements privés. Lui ne les a pas oubliés. Parce qu’il lui arrivait de monter voir le président dans sa chambre. Mitterrand, à la fin, était trop fatigué pour descendre dans son bureau : il recevait ses amis, couché. Des images qui restent, évidemment.

De quoi ont-ils parlé pendant ce dîner, tous ces fidèles de l’ancien président ? De Mitterrand, bien sûr. Mais pas seulement. Un autre sujet s’est invité dans les conversations. Un sujet qui fâche : la déchéance de la nationalité pour les terroristes binationaux. Comme vous le savez, c’est une idée de François Hollande. Et c’est une idée qui passe très mal à gauche !

Vous l’aurez deviné : ce soir-là à l’Élysée, eh bien, la plupart des invités étaient contre ! À l’apéritif, ils n’ont parlé que de ça. Il faut dire que François Hollande était en retard… Ce qui a un peu aidé à délier les langues…

Mais imaginez la scène : ces fidèles de Mitterrand qui critiquent une décision de Hollande, à l’Élysée, sous le nez des conseillers du chef de l’État : c’est assez surréaliste !

Et, cerise sur le gâteau : à la fin du dîner, le petit-fils de Mitterrand, Guillaume, a même demandé un selfie à Christiane Taubira ! Finalement, la "coqueluche" du dîner, c’était elle ! Et chez certains mitterrandiens, j’ai senti comme une petite amertume vis-à-vis du deuxième président socialiste. L’un d’eux m’a confié : « Hollande est un type très bien, très fin, très gentil, mais Mitterrand n’a jamais été remplacé ! »

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