Depuis le début de l’épidémie, on ne parle plus que de cela : les lourdeurs de l’administration dans la gestion de crise. Et pourtant rien ne change. Comment expliquer ce mystère ?

Il y a des jours où Emmanuel Macron n’a pas de mots assez durs contre l’administration.  Sa lenteur, son inertie. On se souvient de la colère mise en scène, ce week-end, sur les vaccins.

Et puis, à l’inverse, il y a des jours, où, il défend mordicus les hauts-fonctionnaires. Cela s’est encore passé hier après-midi. Le président est en Normandie dans une ferme et devant des journalistes, il s’en prend à ceux qui critiquent l’administration. 

« L’administration, elle fait ce que les politiques lui demandent », dit Macron.  Et puis : « L’administration, elle a été au rendez-vous. Regardez l’accompagnement inédit des commerces ».

Et le président finit en rappelant qu’en France, personne n’a manifesté contre l’administration. 

Sur ce sujet, Emmanuel Macron est empêtré dans une injonction contradictoire permanente. 

Il faut dire qu’il vient de cette haute fonction publique. Qu’il en a démissionné. Il l’aime et il la rejette en même temps. 

Pendant la campagne, il promettait de tout réformer. Il avait annoncé qu’il ferait valser les têtes. Pour avoir des gens aux ordres. Il appelait, cela, « _le spoil système à la français_e ». Inspiré du modèle américain où à chaque alternance, on vire tous les responsables.  

Mais dès qu’il est arrivé à l’Elysée, Emmanuel Macron a hésité. Il a laissé six mois à tout le monde pour juger sur pièces. Sauf qu’après, c’était trop tard. Tout le monde est resté en poste. Il n’y a que dans la préfectorale et dans les ambassades, où le président a nommé des femmes et des profils moins habituels.

Et sur l’ENA : même zigzag

Il voulait la supprimer, puis la réformer, et au final, il ne s’est pas passé grand-chose… Mais le plus frappant pour moi, c’est ce qui s’est produit avec la logistique des vaccins. 

Le président sait depuis le premier confinement, et les commandes de masques, que le ministère de la Santé n’a pas de savoir-faire logistique. Ce n’est pas l’armée, ce n’est pas le ministère de l’Intérieur. 

Or, ces dernières semaines, Olivier Véran a assuré au président que son ministère serait le mieux à même de gérer les vaccins avec son réseau d’Agence régionales de santé. Et le président est retombé dans le panneau. On connait la suite. Le ministère s’est vite retrouvé débordé et a dû faire appel à des cabinets extérieurs. C’est la double peine.

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Parisien / Aujourd'hui en France