C’est la plus longue grève à la SNCF depuis trente ans. Et, on s’achemine vers un bras de fer remporté par Emmanuel Macron. Pour sa ministre des Transports, Elisabeth Borne, c’est un peu la fin du tunnel…

Par Marcelo Wesfreid

Quand on la rencontre, elle refuse d’afficher le moindre triomphalisme, mais on sent bien qu'elle respire enfin, parce qu’on se rapproche de la fin du conflit. Les grévistes sont moins nombreux, le front syndical s’est effrité. La CFDT ne veut pas bloquer les trains les jours du bac. Et puis, le texte sera définitivement adopté demain. Même la droite a voté pour. 

C’est une grosse victoire politique pour cette ministre techno, qui dirigeait la RATP avant, qui fut directrice de cabinet de Ségolène Royal, c’est elle d’ailleurs qui a tenu le plus longtemps à ce poste, un an. Si on remonte en arrière, elle a commencé comme conseillère transports sous Jospin. C’est une femme venue de la gauche, et qui s’étrangle en privé de voir que le PS, qui a acté l’ouverture à la concurrence, il y a deux ou trois ans, reprend aujourd’hui les arguments de la CGT…

Elle a pourtant été contestée pendant ce conflit…

A un moment, les syndicats ne voulaient plus discuter avec Elisabeth Borne. Ils voulaient voir Edouard Philippe directement, en disant qu’elle n’avait pas de vrai pouvoir de négociation. Mais la bouderie n’a pas duré très longtemps. 

Physiquement, elle dégage quelque chose d’un peu rigide. Ses petites lunettes. Ses traits sérieux. Une attitude qui va bien finalement avec la méthode Macron, cette méthode qui a été expérimentée à grande échelle sur la SNCF et qu’on pourrait retrouver demain sur les retraites. D'une part, on pose les principes de ce qu’on veut et cela ne se discute pas : la fin du statut des cheminots, par exemple. Et d'autre part, on concerte allègrement mais seulement sur les modalités d’application. C’est une conception assez verticale du dialogue social…

Les prochains mois pour Elisabeth Borne, vont être moins denses ?   

Pas sûr. Une fois que la SNCF n’est plus un sujet, Elisabeth Borne va dévoiler son plan pour favoriser le vélo et le covoiturage dans les campagnes, cet été. Mais aussi la liste des autoroutes et des équipements de transports qui vont être construits ces prochaines années. Et ça, ce sont des dizaines d’élus qui font pression toutes les semaines, pression pour avoir gain de cause. 

Mais le quotidien d’un ministre des transports, c’est surtout autre chose. C’est d’être projeté sur le terrain dès qu’il y a un gros accident macabre, un minibus qui se renverse, un RER qui se renverse, un avion qui s’écrase. Bref, c’est un poste qui secoue. Personne fragile s’abstenir.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.