Emmanuel Macron a commencé à s’engager personnellement dans la campagne européenne… pour soutenir la liste de La République En Marche…

Il pourrait même participer à un meeting aux cotés de Nathalie Loiseau. En s’investissant ainsi, le Président se met-il personnellement en danger ?  

Déjà le moins qu’on puisse dire c’est qu’en devenant un acteur de premier plan de la campagne, Emmanuel Macron a jeté l’habit présidentiel dont il aimait tant se parer au début de son mandat, pour prendre la tunique d’un vulgaire chef de parti, d’un chef de bande… Et ça n’est pas très glorieux. Mais on voit bien la stratégie. 

Alors que la campagne de Nathalie Loiseau bat de l’aile, il pense être le seul à pouvoir la ramener au sommet, selon la méthode qui a fait son succès en 2017 : faire barrage au Rassemblement national. C’était « moi ou le chaos » il y a deux ans face à Marine Le Pen, bis repetita cette année… Ce qui revient à enfermer à nouveau les électeurs dans un choix binaire : cette fois c’est « européens contre nationalistes ».

Et ça peut marcher ?

Comme en 2017, il est convaincu que c’est la bonne méthode pour gagner… Mais je crois que cette fois il court un très gros risque. Tout d’abord, il y a dans cette stratégie un immense mépris à l’égard des autres listes pro-européennes : celles de la gauche social démocrate, des Verts mais aussi celle des Républicains… Malgré leurs divergences tous défendent un modèle européen et se retrouvent bien souvent au Parlement pour voter des lois… En se positionnant comme le seul véritable défenseur de l’Europe, Emmanuel Macron se livre en fait à de petits calculs politiciens qui ne servent en rien l’institution et le modèle européens.  

Mais cette stratégie présidentielle a une autre conséquence : elle  transforme l’élection européenne en une sorte de référendum. Un référendum à deux questions : « pour ou contre Macron et pour ou contre l’Europe »…

Ce qui, selon vous, fait le jeu du Rassemblement national ?  

D’une part parce que le parti d’extrême droite est l’opposition qui apparaît la plus crédible dans l’opinion. Mais aussi et peut-être même surtout parce que le Rassemblement national semble en mesure d’attirer vers lui tous les opposants plus ou moins déclarés à l’Europe, c’est à dire tous les nationalistes, tous les souverainistes, qui considèrent que l’Europe n’est pas réformable et qu’il vaut mieux revenir aux bonnes vieilles nations…  En voulant s’imposer comme le seul héraut de l’Europe, Macron risque non seulement ne pas faire prospérer ses troupes mais bien au contraire de fédérer contre lui toutes les nuances anti-européennes.  

Bref, Emmanuel Macron court un double risque : celui de fragiliser un peu plus l’Europe et d’en ressortir personnellement encore plus fragile….

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