C’est un déconfinement progressif à haut risque qui s’est engagé cette semaine. Pourtant, les Français font preuve d’un civisme à toute épreuve.

Les Français, que l’on dit traditionnellement réfractaires à toute discipline, ont, à la surprise générale, plutôt bien suivi les consignes de déconfinement.
Les Français, que l’on dit traditionnellement réfractaires à toute discipline, ont, à la surprise générale, plutôt bien suivi les consignes de déconfinement. © AFP / Nicolas Guyonnet / Hans Lucas

C’est peu de dire que la première étape du déconfinement inquiétait chacun d’entre nous et notamment le personnel soignant et bien sûr l’exécutif. Certes, le confinement s’était déjà bien passé. Mais les Français, que l’on dit traditionnellement réfractaires à toute discipline, ont, à la surprise générale, plutôt bien suivi les consignes de déconfinement

Dans les métros, les RER, les accès urbains, les écoles, les Français ont respecté le port du masque, comme les distanciations physiques. A quelques rares exceptions, cependant, certaines subies, comme sur la ligne 13 du métro parisien ou les RER B et D aux heures de pointe. D’autres beaucoup plus critiquables comme les rassemblements le long du Canal Saint Martin à Paris. 

Un soulagement pour le gouvernement ?

Certainement, pour des raisons sanitaires évidentes, même si tout risque d’une seconde vague est loin d’être écarté. 

Mais c’est un succès politique aussi. Car depuis le début de la crise, le chef de l’Etat, le Premier ministre, les ministres ne cessent d’en appeler au « civisme » des Français. Lorsqu’Edouard Philippe a présenté le plan de déconfinement aux députés, il a dit vouloir s’appuyer sur les élus locaux ET le civisme des Français. Le 5 mai, Emmanuel Macron, en visite dans une école des Yvelines, soulignait que la réussite du déconfinement dépendait de la « responsabilité et du civisme des Français ». 

Même position chez les Républicains ou au parti socialiste, où l’on estime, qu’au delà des polémiques sur les masques ou les tests, les Français devaient faire preuve de civisme. Et les Français ont été au rendez-vous

Pourtant, ce comportement salutaire au plan sanitaire est peut-être lourd de menaces au plan politique.

Cet appel au civisme, c’est certes le signe de la confiance que mettent les politiques dans les citoyens, mais c’est aussi la marque de leur relative impuissance

« Nous ne savons pas », entonnent-ils régulièrement. Conséquence : tous les sondages le montrent, les Français, eux, font de moins en moins confiance dans la classe politique pour sortir de cette crise. 

Si l’exécutif en fait le plus les frais, l’opposition est à peine plus crédible. 

Avec ce civisme affiché, les Français nous laissent entendre qu’ils ne comptent que sur eux-mêmes. Si ce civisme est, sociologiquement, la forme d’une grande désillusion, il risque alors de déboucher politiquement, sur une immense inconnue. 

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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