Voilà ce qui met quasiment tout le monde d’accord : la volonté de rénover les institutions !

Marianne
Marianne © flickr / CC / tortipede

Vous pensez sans doute « Au secours, le retour d’un vieux serpent de mer ! » C’est vrai qu’il y a eu tellement de commissions, de comités de réflexion, de livres écrits sur le sujet… Mais c’est comme ça : l’idée n’a jamais été autant à la mode. La liste des dirigeants qui en font leur cheval de bataille s’allonge sans cesse. Leur slogan pourrait être « Face à la crise, une seule solution : rénover les institutions ! »

Il y a les tauliers de la bande : Jean-Luc Mélenchon, qui plaide pour une VIème République depuis plus de 20 ans. Arnaud Montebourg, depuis plus de dix ans. En octobre, les anciens ministres Aurélie Filippetti et Benoît Hamon ont livré leur plaidoyer. Maintenant, voilà le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone qui s’y met. Lui aussi, il veut une VIème République. Le Monde nous apprend qu’il met en place une mission pour l’avenir des institutions : tout un programme !

Cette réforme des institutions n’intéresse-t-elle que la gauche ?

À droite, ils ne vont pas aussi loin, il reste une droite gaulliste très forte, respectueuse des institutions de la Vème, de sa Constitution. Mais ça n’a jamais empêché les présidents de droite de la réviser : Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy l’avaient fait. Et aujourd’hui des personnalités comme Bruno Le Maire ou Xavier Bertrand réclament une réflexion sur le sujet, que ce soit sur la durée du mandat du Président ou sur le nombre de parlementaires. Au centre François Bayrou, dont vous pouvez lire l’interview dans Le Point , estime aussi qu’on est dans une impasse institutionnelle et qu’il faut une refondation en profondeur de la Vème République.

Pourtant la Vème est un régime assez stable.

Elle a 56 ans - je vous invite à lire, toujours, dans Le Point , l’interview du président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré à ce sujet. Elle a survécu à des crises politiques en série, et aujourd’hui, alors que l’actualité politique est rythmée par des petits couacs et des gros scandales, le Président dispose toujours, quoi qu’on en dise, d’une vraie majorité. Mais les tenants de la VIe ne sont jamais à bout d’arguments. J’ai posé la question de la stabilité à Mélenchon d’un côté, à Bayrou de l’autre.

Les deux disent qu’il s’agit d’une stabilité de façade. Le premier pense que la Constitution ne garantit que le pouvoir du chef de l’Etat ; le second pense au contraire que le système est bloqué parce que le Président n’a plus les moyens d’agir.

Pas facile d’imaginer à quoi ressemblerait une VIème République. Parce que chacun réfléchit dans son coin, et que, surtout, personne ne veut la même chose. Entre Mélenchon qui veut un régime parlementaire, avec un Président faible et un chef de gouvernement qui décide, et Bartolone qui veut un régime présidentiel où l’on supprimerait carrément le poste de Premier ministre, je vous laisse imaginer le gouffre…

Ces approches contradictoires sont-elles pour autant le principal problème aujourd’hui pour rénover les institutions ?

Non, mais ce que cela traduit est intéressant : le sentiment que tout a été essayé, et que ça ne marche pas, que le système est à bout de souffle. Un sentiment renforcé, bien sûr, par l’absence de résultat de la politique de François Hollande. Il avait promis qu’en terme de croissance et surtout d’emploi, tout irait mieux à mi-mandat. Nous y sommes, et ce n’est pas terrible. Mais le fait est que le Président, c’est lui, et qu’avec notre système actuel, c’est lui qui décide. Or, François Hollande n’a pas du tout l’intention de provoquer un bouleversement institutionnel maintenant.

Il faut donc soit attendre qu’il soit forcé de dissoudre, et que de nouvelles élections amènent au pouvoir une majorité favorable à ces changements, soit attendre 2017. Bref, la Vème a encore quelques jours devant elle…

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