Par Ava Djamshidi, journaliste politique au Parisien/Aujourd'hui en France

Vote en Algérie
Vote en Algérie © MaxPPP

C'est « un paradoxe français ». Au Mali, en Centrafrique, en Tunisie... C'est devenu une habitude, François Hollande promeut la démocratie dès qu'il en a l'occasion. Normal, c'est le rôle de la France qui cultive son image de pays des droits de l'Homme. Mais il est un endroit dont le Président évite soigneusement de parler. Motus, pas un mot sur ce qu'il s'y passe. Celui du seul pays du monde où un Président de 77 ans brigue un quatrième mandat alors qu'il ne s'est pas adressé une seule fois à son peuple pendant la campagne électorale tellement il est mal en point, physiquement mal en point : l'Algérie de Bouteflika.

Abdelaziz Bouteflika, le fantôme d'Alger qui va sans doute être ré-élu dans trois jours lors de la présidentielle. Ce week-end, 815 000 Algériens de France ont commencé à voter sans se faire trop d'illusions sur l'issue du scrutin. Les trois dernières fois, Bouteflika a été élu avec des scores de 74, 85 et 90% des suffrages.

Si les autorités françaises font silence, ce n'est pas parce que François Hollande se désintéresse de l'Algérie. C'est même tout le contraire. Le Président a un rapport très particulier avec ce pays. Il l'a découvert en 1978. Pendant huit mois, il est stagiaire à l'ambassade de France à Alger, dans le cadre de ses études à l'ENA. Cette expérience l'a marqué. Et il a conservé des relations de confiance avec son maître de stage de l'époque... Un certain Bernard Bajolet, que Hollande a depuis nommé patron de la DGSE, le très sensible service des renseignements extérieurs.

L'Algérie a été un des très rares voyages à l'étranger du candidat Hollande. Et puis le Président connaît Bouteflika. Il l'a rencontré à plusieurs reprises, s'entend bien avec lui, l'a régulièrement au téléphone. Mais la relation entre les deux pays est aussi solide que de la dentelle.

Un seul exemple, la dernière prise de parole officielle de Hollande sur l'Algérie s'est transformée en psychodrame. Vous vous en souvenez, c'était il y a quatre mois, à un dîner officiel. Le Président glisse une boutade à Manuel Valls.

Et bien cette plaisanterie n'a pas du tout fait rire les Algériens. L'incident diplomatique prend une telle ampleur que l'Elysée est obligé de présenter ses « sincères regrets » au pays.

Comment expliquer une telle tension ? Par les liens historiques, d'abord. La moindre expression publique de la France est reçue comme une gifle par ce pays qui a conquis son indépendance il y a 52 ans.

Mais ce n'est pas tout. La France importe 12% de son gaz d'Algérie.

En ces temps troublés avec la Russie, pas question de se fâcher avec Alger. Et puis surtout, pour mener à bien sa guerre contre le terrorisme au Mali, et désormais dans le Sahel, Paris compte sur la coopération totale de ce régime militaire qui ne rechigne jamais à aider les soldats français. Un appui précieux pour la France. Mieux vaut donc faire preuve d'un silence entendu et complaisant sur le contexte disons particulier de cette présidentielle. Et tant pis s'il y a un os de mouton dans le couscous. Hollande a fait le choix de l'avaler.

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