Après l’émotion, le deuil et le recueillement, revoici le temps politique : peut-on parler d’un nouveau départ pour François Hollande ?

Tout président se cherche, et cherche un événement qui l’aide à se définir. Nicolas Sarkozy s’est défini au moment de la crise de Lehman Brothers, les Français ont vu son incroyable réactivité.

Jacques Chirac avait trouvé dans l’opposition au projet américain de guerre en Irak son registre idéal –suscitant à l’époque une quasi union nationale.

François Hollande a attendu plus longtemps. Mais il a retrouvé la vocation première d’un président de la République : incarner dans un moment dramatique le rassemblement autour de l’essentiel.

François Hollande a rendu hommage aux trois policiers victimes des attentats
François Hollande a rendu hommage aux trois policiers victimes des attentats © capture d'écran

Toutefois, il n'a pas franchement été exceptionnel. Je pense que Manuel Valls a été beaucoup plus impressionnant lors de son discours, hier, à l’Assemblée. Le Premier ministre a pulvérisé le compteur de l’émotion et de l’éloquence. Hollande manque encore de solennité et de présence physique. Il n’a toujours pas la tête de l’emploi. Mais c’est Hollande qui a été de fait le grand ordonnateur des journées qui ont suivi les assassinats de mercredi et jeudi. Il a répondu présent. Il n’a pas commis de fautes. Il a joué parfaitement son rôle de facilitateur qui correspond à son tempérament.

Nicolas Sarkozy, lui, jouait des coudes pour être sur la photo. C’est un détail anecdotique, mais c’est vrai qu’il a été très médiatisé. On a vu sur internet plusieurs vidéos où on avait l’impression que Sarkozy en faisait beaucoup pour rejoindre le premier rang dans le défilé des chefs d’État. Or, le président du Sénat, Gérard Larcher, a raconté hier à plusieurs journalistes que c’est Hollande qui a demandé à Sarkozy de le rejoindre au premier rang avec les autres chefs d’État. De quoi prouver que l’unité n’était pas un vain mot dans l’esprit du Président.

Après ces évènements tragiques qu’est-ce qui va changer autour de François Hollande ?

Cela ressoude son équipe gouvernementale, qui s’était jusqu’à maintenant illustrée par les couacs en tous genres. Ça le place au-dessus de son gouvernement. Cela lui redonne une autorité sur son électorat. Un conseiller de Hollande me disait hier « ces événements rebattent les cartes: il était englué dans un discours purement économique, cette tragédie l’a projeté vers une incarnation plus régalienne ».

Cela va-t-il permettre à François Hollande d’effacer deux années de chute dans l’opinion ?

Les sondeurs s’accordent à dire qu’il devrait regagner entre dix et quinze points dans les sondages. Mais autour de Hollande, on reconnaît que cette embellie n’est pas durable en soi. Souvenez-vous : après son grand moment en 2009, Nicolas Sarkozy a reperdu progressivement le bénéfice d’image qu’il avait créé. Il en fut de même pour Chirac, qui a terminé son quinquennat sur les rotules. Aujourd’hui, Hollande part de beaucoup plus bas que ses prédécesseurs. Vous l’avez compris, le « facilitateur » n’est pas au bout de ses peines.

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