François Bayrou a appelé un directeur de Radio-France pour protester contre une enquête menée par des journalistes de la maison.

Les méthodes de François Bayrou avec les journalistes contrastent avec celles du chef de l'Etat
Les méthodes de François Bayrou avec les journalistes contrastent avec celles du chef de l'Etat © AFP / Patrick KOVARIK

Par Marcelo Wesfreid.

François Bayrou, qui est ministre de la Justice, dément toute "pression" et parle d'une "conversation civique avec des journalistes".

En vérité, François Bayrou passe souvent des coups de fil. Alors, pas pour des menaces – là dans le cas qui concerne Radio France, je ne vais pas me prononcer, je n’ai pas d’éléments. Mais il a l’habitude d’appeler simplement pour commenter un article, pour rencontrer un journaliste, pour signaler une initiative à Pau, sa ville, dont il pense qu’il faut absolument parler.

C’est un rapport à la presse, disons-le, assez old school. Loin des canons actuels. Bayrou, il était ministre de l’Education nationale sous Balladur. Rappelons le. Député pour la première fois en 1988.

Il y a une côté décalé dans sa communication. Par exemple, il interdit aux journalistes de prendre des notes quand il les rencontre en OFF, c’est-à-dire hors micros.

Bayrou arrive. S’assoit. Cela se passe souvent dans un café du VIIème arrondissement, là où il habite et où se trouve le siège du Modem. S’il voit qu’on a ouvert nos cahiers, il dit : « Allez, posez vos stylos », « refermez vos carnets ». Chacun s’exécute. Mais dès que Bayrou s’en va, tout le monde prend des notes...

Là, où sa communication peut poser problème. C’est qu’il négocie tout. Quand il accorde une interview, François Bayrou veut s’assurer, avant de commencer à parler, que son entretien occupera une place conséquente dans le journal.

Il lui arrive d’appeler des patrons de rédaction pour négocier, comme un marchand de tapis : « Cette interview, je ne la fais que si elle occupe une page entière du journal, sinon, oubliez. »

C’est le paysan béarnais, l’éleveur de chevaux de course, il marchande, il voit ce qu’il peut gratter. Il fait d’ailleurs la même chose, en politique, pour les négociations de circonscriptions. On est loin de la communication à la Macron. Lui, c’est la communication ultra maîtrisée. Avec des messages séquencés. Et surtout, c’est un dispositif pyramidal. Le chef parle, les autres sont surtout là pour relayer la bonne parole.

Comment François Bayrou, qui tient tant à sa liberté et son statut de poids lourds, va rentrer dans ce moule ? Il va donner du fil à retordre, comme on le voit actuellement avec le premier ministre Edouard Philippe. C’est sûr. On n’a pas fini d’entendre parler de lui.

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