Par Nathalie Schuck, journaliste politique au quotidienLe Parisien/Aujourd'hui en France

le fn remporte l'élection cantonale à brignoles
le fn remporte l'élection cantonale à brignoles © reuters

Le climat pré-électoral hier soir à Marseille avec des accusations de tricheries au sein du PS local, mais aussi sur le climat post-électoral après la victoire du FN à Brignoles : un télescopage qui en dit long sur le climat actuel. Il y a comme qui dirait quelque chose de pourri au royaume de la politique. Entendre une ministre de la République dénoncer un système « clientéliste » et « paramilitaire » comme l'a fait Marie-Arlette Carlotti hier après son élimination au premier tour de la primaire socialiste pour les municipales à Marseille, ça fait quand même une drôle d'impression. Evidemment, personne n'est dupe sur la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, celle de Jean-Noël Guérini. Même Manuel Valls reconnaît en off que « les dés y sont pipés ». Mais tout ça rappelle de mauvais souvenirs: ça fait presque cinq ans jour pour jour que le PS a failli exploser en vol lors du fameux congrès de Reims, quand Ségolène Royal avait accusé Martine Aubry d'avoir bourré les urnes.

On écoute justement Manuel Valls en novembre 2008 , il était à l'époque du côté de Ségolène Royal :

Je dois vous dire de la manière la plus ferme et la plus solennelle possible, au nom de toute l'équipe qui nous entoure, au nom évidemment de Vincent Peillon qui se trouve actuellement rue de Solférino, que nous ne nous laisserons pas voter cette victoire.

Voilà donc la gauche ramenée aujourd'hui aux vieux soupçons de fraudes et de grosses magouilles. Ca tombe mal pour le gouvernement au moment où la loi sur la transparence, qui a été votée pour tirer les leçons de l'affaire Cahuzac et pour en finir avec le « tous pourris », vient tout juste d'être validée par le Conseil constitutionnel et va pouvoir s'appliquer.

Tout cela arrive au moment où le FN s'empare de Brignoles. C'est peut-être ça l'image la plus frappante de la soirée. Comme un avertissement : quand les partis de gouvernement trébuchent, c'est le FN qui rafle la mise. Au moment où le PS se déchire à Marseille et retombe dans ses vieux démons, le candidat du FN remporte la victoire dans le Var, malgré les appels de toute la gauche à voter UMP. Alors ça n'est qu'une élection locale, c'est vrai, mais c'est quand même la 11e que le PS perd depuis 2012, la 6e dont il est éliminé dès le premier tour. Ca commence à faire beaucoup. Mais François Hollande n'aime pas les vagues. Alors il a fait appeler Carlotti hier à Marseille pour lui demander de se calmer. On ne sait pas s'il lui a demandé de démissionner. Parce qu'une ministre humiliée de cette façon, ça fait quand même un peu tache et ça en dit long sur l'image calamiteuse du gouvernement auprès des militants de gauche...

A l'UMP, on se retient de crier victoire. Et on fait bien, car tout ça rappelle furieusement qu'il y a presque un an, Jean-François Copé et François Fillon s'envoyaient la vaisselle à la figure et s'accusaient mutuellement d'avoir triché pour récupérer les clés de l'UMP. D'ailleurs, en entendant Samia Ghali annoncer sa présence au second tour de la primaire socialiste, avant les résultats officiels, on pensait forcément à Jean-François Copé qui avait proclamé sa victoire avant l'heure. Mais l'UMP a quand même réussi une belle opération : grâce aux crêpages de chignon du PS à Marseille, on a presque oublié que c'est la droite qui a perdu à Brignoles.

Or, même si ça n'est qu'une élection locale encore une fois, c'est aussi un symbole : l'UMP elle avait été créée en 2002 par Jacques Chirac pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen. Or, hier, pour la première fois de sa courte histoire, l'UMP a perdu dans un duel face au FN.

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