Depuis ce week-end, un petit film désolant circule sur les réseaux sociaux. Cela se passe vendredi dernier à Belfort, en pleine séance du conseil régional de Bourgogne Franche-Comté. On y voit Julien Odoul, élu Rassemblement national s’opposer à la présence d’une mère de famille dans les rangs du public...

Sibeth Ndiaye et Jean-Michel Blanquer : une vision du voile qui divise la macronie
Sibeth Ndiaye et Jean-Michel Blanquer : une vision du voile qui divise la macronie © AFP / Alain JOCARD

Il lui reproche de porter le voile alors qu’elle accompagne une sortie scolaire. Ce qui, on le rappelle, n’est pas interdit par la loi. 

La réaction de Julien Odoul a été dénoncée de toutes parts. C’est d’ailleurs ce qu’ont commencé par faire hier, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale et Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement.  

Mais c’est après qu’ils ne sont plus d’accord… Les deux ministres affichent même des positions diamétralement opposées. Selon Jean-Michel Blanquer, le voile islamique « n’est pas conforme à nos valeurs » et lui, ministre, « ne veut pas encourager le phénomène ». Il va même plus loin, pour lui « le voile n’est pas souhaitable dans notre société ». De son côté, Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement assure je cite, « n’avoir pas de difficulté à ce qu’une femme voilée participe à une sortie scolaire ».  

La Macronie déteste les couacs. Sibeth Ndiaye a pourtant pris le parti d’admettre ouvertement ce désaccord en reconnaissant qu’il y avait « un débat » au sein du gouvernement.  Et ça, c’est suffisamment rare pour être souligné.  

Pourquoi le gouvernement assume-t-il ce différend ?

Au sein de l’équipe d’Edouard Philippe, plusieurs nuances de laïcité cohabitent. Avec Marlène Schiappa, Jean-Michel Blanquer est l’un des plus intransigeant sur la question. Mais à leur grand désespoir, Emmanuel Macron n’a toujours pas exprimé de doctrine claire sur le sujet. Après avoir un temps envisagé de réformer la loi de 1905, loi qui fixe la séparation des Eglises et de l’Etat, il y a désormais renoncé. Et à en croire l’un de ses conseillers, le jour de la clarification est encore loin. Ce serait même, je cite, « très compliqué pour le président ». 

Le risque est de fracturer une majorité plurielle où cohabitent d’ex LR comme Bruno Le Maire et Gérald Darmanin avec Aurélien Taché, par exemple, le député qui avait comparé le port du voile à celui d’un serre-tête. Et le récent débat sur l’immigration a montré à quel point le camp présidentiel est divisé sur les problématiques régaliennes. 

Le chef de l’Etat cherche donc avant tout à gagner du temps. Quitte à laisser le débat s’enflammer dans son propre camp et à permettre à la droite, du moins ce qu’il en reste, de se remobiliser.  

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