La crise sanitaire met à l’épreuve le sommet de l’Etat et permet de voir la réalité des rapports de force…

La première vague, au printemps, elle a été gérée par le tandem Macron-Philippe. Omniprésent, tous les soirs, à la télé. Personne d’autre n’existait, à part peut-être Olivier Véran. Ils ont saturé l’espace médiatique.

Et dans l’épreuve, on a compris comment ce couple fonctionnait. Avec une tension, une dialectique entre deux méthodes. Philippe, prudent, aride. Il voulait par exemple un déconfinement lent, des écoles fermées jusqu’en septembre, etc.  Et de l’autre côté, un président plus allant, qui prônait le retour à la normale. Pour sauver notre économie. 

L’opinion publique a trouvé Edouard Philippe solide, d’une certaine façon humble, face à l’épidémie. Il en a tiré une popularité qui explique peut-être que Macron s’en est finalement séparé…

Et cette seconde vague, elle révèle quoi ?

Un duo exécutif qui fonctionne exactement à l’envers. Il n’y a pas de divergence de fond entre Macron et Castex. C’est vertical. L’un décide. L’autre applique. Avec une répartition des rôles très nette.

Jean Castex passe son temps sur le terrain. Il sort les décrets sur le masque obligatoire. Il présente le plan de relance. Il alerte l’opinion publique tout l’été sur « ce virus qui ne prend pas de vacances », c’était son expression… 

Pendant ce temps-là, Macron fait chauffer le moteur avant la présidentielle. Il se réserve les bonnes nouvelles – comme le congé paternité. Il lance des sujets stratégiques pour lui comme la lutte contre le séparatisme. Et il prend de la hauteur. Depuis l’été, il n’avait fait qu’un seul 20 heures. La semaine dernière, sur les inondations meurtrières…

Il en fera donc un second ce soir…

Oui, et il parlera Covid et sécurité. Bref, il va redescendre contre son gré dans l’arène.. Le président est contraint à cet exercice parce que son attelage avec Jean Castex a un gros défaut. Le premier ministre n’imprime pas. 

A sa décharge, une partie de la société ne veut pas entendre les mauvaises nouvelles. Ni les appels à la prudence. Du coup, c’est Emmanuel Macron qui va essayer de faire passer les messages.

Il va donc reprendre la parole trois jours seulement après l’interview du Premier ministre sur France info. Et demain matin, le chef de l’Etat recevra les syndicats de police à l’Elysée, pour parler primes et heures supplémentaires. Ce qui est un job de ministre de l’Intérieur. La crise n’a pas fini de faire des dégâts collatéraux. 

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Parisien / Aujourd'hui en France