Par Tugdual Denis, de l'hebdomadaire L'Express

Dimanche dernier, le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé a quitté le plateau de Canal+ et depuis, il ne décolère pas.

jean-vincent placé appelle les lycéens à se mobiliser en faveur de leonarda
jean-vincent placé appelle les lycéens à se mobiliser en faveur de leonarda © reuters

C’est le énième épisode de la détérioration des rapports entre politiques et journalistes. Avant-hier, le dimanche 13 avril, donc, l’émission hebdomadaire de Canal+ « le Supplément » avait pour invité principal Jean-Vincent Placé. Et… ça s’est mal passé.

Ça s’est mal passé en plateau, d’abord, où le sénateur écologiste s’est agacé d’un reportage qui revenait sur une affaire le concernant. Une histoire de cumul de PV, dont la somme s’élève à 18 000 euros -tout de même-, qu’il avait négligé de payer. Ces amendes, qui remontent à 2010, ont été réglées en janvier 2014.

Ça s’est mal passé en dehors du plateau, également, grâce à Canal+ (ou à cause de Canal, c’est selon…), on a vu les coulisses… L’émission est enregistrée le vendredi, mais diffusée le dimanche. Et, dans son montage, la production n’a pas coupé ce que Jean-Vincent Placé a lâché à la coupure pub, avant de se raviser. A savoir : « Je me tire, Vous me faites chier ».)

Il en faut beaucoup, normalement, pour énerver ce dirigeant d’Europe Ecologie-Les Verts. Vous pouvez écrire qu’il est cynique, manœuvrier, obsédé par son ambition : il ne vous en veut pas, ne vous envoie pas de texto pour rouspéter, et vous parle ensuite comme si de rien n’était.

Mais là, la chaine cryptée s’est trompée, puisque les amendes ont bel et bien été remboursées et a, si je puis dire, brisé le « off visuel », en diffusant la coupure pub. Même si "Le Supplément" a dit avoir prévenu samedi, son invité, de cette décision.

On peut avancer deux arguments pour tenter de comprendre comment le professionnel et placide Placé a pu s’énerver à ce point :

Le premier, c’est que cette vieille histoire de PV lui a causé un tort d’un genre nouveau. Le grand public se fiche pas mal des combines d’appareil pour gagner un Congrès vert ; en revanche, savoir que vous devez une année de smic en contraventions, ça peut vous valoir quelques invectives sur les marchés.

La seconde explication, c’est le mélange, dans le sujet qui était diffusé, entre le fait divers (les PV), le politique (les Verts, contre l’avis de Placé, ne participent pas au gouvernement de Valls), et… le people. Car le sénateur a été interrogé sur sa fille Mathilde, née au mois de novembre. Ecoutez :

A l’Express , on en sait quelques choses, Jean-Vincent Placé déteste que soit évoquée sa vie privée : il nous avait boudé quelques mois suite à un article qui, il faut le reconnaître, allait loin de ce côté-ci.

Là, il répond à une question sur sa fille, et, dans le montage, on passe des PV au bébé, sans transition. De quoi, on peut le comprendre, ajouter à la colère et rendre furibard le sénateur.

Qui avait pourtant passé une semaine avec le reporter de Canal. Mais la relation entre les politiques et les journalistes est une relation viciée. Susciter la confidence, à force de déjeuners et de trajets en TGV, apparaît de l’extérieur comme du copinage. En réalité, ne se transformant pas en amitié, cette relation ressemble, de temps à autre, à une immense trahison.

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