La crise du coronavirus semble ouvrir un espace politique à gauche. Mais, face à une majorité et à un chef de l’Etat fragilisés, l’opposition reste assez mesurée. La gauche, même La France Insoumise, garde la mesure et respecte une sorte de pacte implicite d’union nationale.

Un soignant dans le centre dédié au Covid-19 à Charge en Indre-et-Loire. Le centre reçoit les personnes envoyées par les médecins généralistes, le 7 avril 2020.
Un soignant dans le centre dédié au Covid-19 à Charge en Indre-et-Loire. Le centre reçoit les personnes envoyées par les médecins généralistes, le 7 avril 2020. © AFP / David Le Tellier / Hans Lucas / Hans Lucas

Mais, heureusement, l’opposition continue de s’exprimer. Cette semaine, certains propos d’Olivier Faure ont fait mouche. Dans la lettre qu’il a envoyée à Emmanuel Macron, la veille de son allocution, le numéro Un du Ps parle des étudiants privés de resto U, des enfants privés de cantine, des livreurs payés à la course qui doivent se priver de repas. "Il est hors de question, s’est insurgé Olivier Faure, de faire payer la facture de cette crise aux premiers de tranchée". 

"Premiers de tranchée"

Une expression adaptée aux temps de guerre que nous traversons. Mais une référence aussi très politique dans cette seconde partie du quinquennat macronien. 

Ce ne sont que des mots, mais en politique comme dans la vie, la rhétorique précède souvent la dialectique. On l’aura compris, l’expression de "premiers de tranchée" est un contrefeu sémantique mais aussi idéologique aux fameux "premiers de cordée" qui a structuré  tout le macronisme. La formule peut permettre au PS de se poser voire de s’imposer dans l’opposition à Emmanuel Macron face aux Insoumis et aux Ecologistes. Mais à une condition : que le PS, de son côté, se mette au travail approfondisse une réflexion qui reste, c’est vrai, d’opportunité. Et aussi de trouver qui l’incarner. 

C’est un défi aussi pour le chef de l’Etat

Emmanuel Macron l’a compris d’ailleurs. Dans son intervention de lundi soir, il a parlé immédiatement je cite des "femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal". 

Coup de chapeau à ces « sans grade » qui avaient bien du mal à se faire une place dans la vision du monde du chef de l’Etat. Emmanuel Macron a appelé aussi chacun à se réinventer. "Moi le premier", a-t-il lancé. La question pour lui  sera alors de savoir si cette réinvention passe par le reniement du Macron qu’il était. Ou, au contraire,  pourra-t-il le re-légitimer par un "en même temps" qui engloberait les premiers de cordée et les premiers de tranchée. Une sorte de déconfinement de la pensée en quelque sorte.

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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