L'union sacrée entre la gauche et la droite, c'est un vieux fantasme, mais l'idée pourrait resurgir en 2017.

J'entends de plus en plus de gens demander : mais pourquoi les hommes politiques de gauche et de droite ne se mettent pas tous ensemble autour d'une table pour régler les problèmes? C'est le mythe du gouvernement d'union nationale. Et on peut comprendre que les Français soient troublés tant les clivages politiques sont brouillés : quand on voit des électeurs de gauche qui envisagent de voter pour Alain Juppé ; François Fillon qui déjeune avec le numéro deux de l'Elysée ; le PS qui appelle à voter pour le candidat UMP dans l'Aube pour faire barrage au FN. Bref, il y a moins de différence entre Manuel Valls et Alain Juppé qu'entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon ! Prenez la loi Macron, justement. En « off », beaucoup de parlementaires UMP avouent qu'ils l'auraient bien votée, mais que Nicolas Sarkozy ne veut pas entendre le FN parler de système « UMPS ». Mais c'est pourtant Sarkozy qui avait recruté des personnalités de gauche en 2007, c'était l'époque de l'ouverture aux socialistes Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Eric Besson, même si c'était surtout du débauchage sauvage. Mais l'unité nationale, Sarkozy n'y croit plus du tout. Il trouve que les socialistes sont « nuls ». Ecoutez ce qu'il en disait mi-novembre :

Chatel, Sarkozy, Le Maire
Chatel, Sarkozy, Le Maire © MaxPPP / Christophe Petit Tesson

Et pourtant, l'union nationale, ça existe chez nos voisins allemands, qui sont gouvernés par une coalition. En France, on a connu ça en 1914. Et on trouve encore quelques partisans de l'union sacrée : François Bayrou, François Fillon, ou le juppéiste Benoist Apparu, qui rêvait d'une « dream team » avec dix ministres de gauche et dix de droite. Manuel Valls aussi a fait un pas quand il a parlé de « Maison commune » des progressistes. Claude Allègre, lui, imagine carrément Nicolas Sarkozy et Martine Aubry dans la même équipe. Avouez que ça aurait de l'allure! Les Français d'ailleurs y sont très favorables : huit sur dix étaient pour dans un sondage Ifop de 2013.

Mais ça ne s'est jamais fait sous la Ve République, parce que ce n'est pas notre culture politique, qui est une culture de la confrontation. Mais si je vous parle de ça, c'est parce que je n'exclus pas que ce débat resurgisse. Imaginez que Marine Le Pen soit présente au second tour de la présidentielle et qu'elle soit battue. Ca voudrait dire que le prochain président serait élu avec des voix de gauche et des voix de droite. Il faudrait peut-être en tirer les leçons. Un proche de Jacques Chirac me disait récemment que sa plus grande erreur, c'était de ne pas l'avoir fait après son élection à 82% face à Jean-Marie Le Pen.

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