C’est pas facile de devenir présidentiable, de réussir à installer dans le regard des électeurs cette idée que vous êtes fait pour l’Elysée.

Parfois, Benoît Hamon donne lui-même l’impression de douter de ce qui lui arrive. C’était la semaine dernière dans un meeting à Guéret dans la Creuse. Comme partout, il a eu droit à un petit mot d’accueil de l’élu local avant son discours. Là, c’était Michel Vergnier, le député-maire de Guéret qui s’installe au pupitre et qui lui dit sa fierté d’accueillir dans sa ville « un futur président de la République ».

A ce moment là, c’est à peine si Benoît Hamon ne s’est pas retourné sur sa chaise pour voir de qui on parlait. Juste un petit moment de flottement de quelques secondes avant qu’il se mette à sourire pour répondre. Comme s’il n’avait pas encore intégré l’idée que c’était lui qui allait représenter le PS à l’élection présidentielle. D’ailleurs, dans ce déplacement de campagne à Guéret, il est resté campé sur ses thèmes habituels : le revenu universel, les perturbateurs endocriniens, les circuits alimentaires courts. Comme s’il était resté bloqué dans la primaire.

Pourtant Benoît Hamon a eu le temps de réfléchir depuis sa victoire face à Manuel Valls et il s’était d’ailleurs déjà posé la question après sa candidature. C’était au moment où il stagnait dans les sondages en dessous des 10%. Il ne savait pas trop quoi faire pour progresser et cherchait le truc qui lui permettrait de s’installer dans la campagne. C’est à ce moment là que son directeur de la communication vient le voir avec la solution miracle : « écoute Benoît, il faut que tu fasses présidentiable ».

Et comment on fait pour « faire présidentiable »? A gauche, il n'y a pas 36 solutions, il faut s’inspirer de François Mitterrand. C’est ce qu’avait fait François Hollande en 2012 en travaillant sa posture pendant les meetings, avec cette façon particulière de s’accouder au pupitre pour parler aux militants sur le ton de la confidence. François Mitterrand donc. Ou alors le général de Gaulle. Sauf que Benoît Hamon n’a pas envie de faire du cinéma, il a décidé de ne rien changer et de rester lui-même. Comme s’il n’y avait pas de campagne présidentielle à réaliser.

Alors après tout, si on se rappelle des critiques de ses adversaires socialistes quand il s’est déclaré candidat, Benoît Hamon était surtout accusé de viser la direction du PS. Il s’était déclaré quelques jours avant Arnaud Montebourg et ça avait été perçu comme un mouvement tactique pour garder le contrôle de l’aile gauche du parti.

C’est d’ailleurs ce que sous-entend Ségolène Royal quand elle dit que Benoît Hamon ferait « un très bon premier secrétaire du PS ». Il était accusé de viser le parti, bien plus en tous cas que l’Elysée. Mais il a gagné la primaire. Et il se retrouve un peu dans la position du chasseur qui part à la tourterelle et qui se retrouve avec un ours dans le viseur. C’est pas les même cartouches.

Mais Benoît Hamon a décidé de ne rien changer et même de s’amuser dans ses discours de cette stature présidentielle. « Costume un peu serré, on fait régalien, on rigole pas trop, on lève le menton… » Présidentiel quoi! En tous cas il promet qu’il n’imitera personne et qu’il ne fera pas de concours de grimace. Et c’est même devenu le cœur de sa démarche puisqu’il se présente avant tout comme n’étant surtout pas « l’homme providentiel ». Alors c’est une façon de retourner les critiques sur son manque de présidentiabilité. Mais c’est risqué aussi. Parce que pour le moment, Benoît Hamon, c’est surtout un candidat normal. Et un candidat normal, ça fait forcément penser au président normal, ce qui n’avait pas laissé que des bons souvenirs aux socialistes.

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